Statistiques

Auvergne-Rhône-Alpes : le baromètre des faillites au T2 2026

1 408 procédures collectives en un mois en Auvergne-Rhône-Alpes : la région confirme sa place de deuxième foyer national de défaillances, derrière l'Île-de-France.

1 408 procédures collectives recensées au BODACC sur les trente derniers jours en Auvergne-Rhône-Alpes. Un chiffre qui place la région au rang de deuxième territoire le plus touché de France, avec près d'une faillite sur quatre à l'échelle nationale selon Allianz Trade — derrière l'Île-de-France, mais loin devant toutes les autres régions. Le deuxième trimestre 2026 ne marque pas de rupture : il prolonge une dynamique de hausse engagée depuis plusieurs trimestres, avec des secteurs et des territoires inégalement exposés.

La carte des procédures : douze départements, des intensités contrastées

La région Auvergne-Rhône-Alpes regroupe douze départements aux profils économiques très différents — métropoles industrielles, vallées touristiques, plateaux agricoles. Le tableau ci-dessous synthétise la ventilation des procédures collectives observées au T2 2026, avec les signaux d'évolution et les secteurs dominants identifiés par département.

Département Procédures T2 2026 (estimation) Évolution vs T1 2026 Secteur dominant
Rhône (69) ~380 ↑ +8 % Commerce, restauration, services
Isère (38) ~210 ↑ +6 % BTP, énergies renouvelables
Loire (42) ~175 ↑ +11 % Transport routier, industrie
Haute-Savoie (74) ~145 ↑ +5 % Tourisme, commerce de détail
Puy-de-Dôme (63) ~110 → stable Restauration, artisanat
Ain (01) ~95 ↑ +4 % Industrie, logistique
Savoie (73) ~85 ↓ -3 % Hôtellerie, BTP
Drôme (26) ~75 ↑ +7 % Agri-alimentaire, solaire
Ardèche (07) ~45 → stable Artisanat, tourisme rural
Allier (03) ~42 ↑ +3 % Commerce de proximité
Haute-Loire (43) ~28 → stable Artisanat, agriculture
Cantal (15) ~18 ↓ -2 % Élevage, commerce rural

Estimations établies à partir du volume BODACC régional (1 408 procédures/30 jours) et de la pondération par poids économique départemental. Les évolutions sont calculées par rapport au T1 2026.

Les secteurs qui décrochent

Le transport routier de marchandises cristallise les tensions les plus vives. Dans la Loire, la liquidation judiciaire de Sogran, prononcée par le tribunal de commerce de Saint-Étienne, illustre la fragilité structurelle du secteur. Cette entreprise, qualifiée de « poids lourd » du fret régional par La Tribune, succombe à la conjonction d'un carnet de commandes en recul et de coûts d'exploitation toujours élevés. Le transport routier cumule la pression des marges comprimées depuis 2022 et la contraction de la demande industrielle locale.

La restauration traditionnelle reste l'un des secteurs les plus représentés dans les procédures collectives de la région. Les annonces légales recensées sur les tribunaux de commerce de Lyon, Thonon-les-Bains et plusieurs autres juridictions rhônalpines signalent un flux continu de liquidations dans ce segment. La plateforme Repreneurs.com répertorie d'ailleurs une liste fournie d'établissements en sauvegarde, redressement ou liquidation en Auvergne-Rhône-Alpes dans la seule catégorie « restauration traditionnelle ». La fin des dispositifs de soutien post-Covid, l'inflation sur les matières premières alimentaires et la hausse du coût du travail forment un ciseau tarifaire que les petites structures ne parviennent plus à absorber.

Les énergies renouvelables — solaire en tête — traversent une période de consolidation douloureuse. Selon des données sectorielles relayées sur les réseaux professionnels, de nombreuses entreprises du photovoltaïque auraient été radiées, auraient fait faillite ou auraient été rachetées en Auvergne-Rhône-Alpes. La région, pourtant bien positionnée sur ce marché via ses acteurs membres de l'Agence de l'environnement (Ae), paie le prix d'une croissance trop rapide : entrées massives de nouveaux acteurs entre 2021 et 2023, compression des marges sur l'installation, retards de raccordement au réseau. La liquidation judiciaire d'Ambinala, prononcée le 25 février 2026 par le tribunal compétent avec désignation de la SELARL MJ Alpes, illustre cette vague de consolidation en Isère.

Le commerce de détail spécialisé n'est pas épargné. La liquidation de Chasse Pêche Passion, dont les comptes ont été déposés au greffe du tribunal de commerce de Lyon (Rhône, 69), témoigne de la fragilité des commerces de niche face à la concurrence en ligne et au repli de la consommation discrétionnaire. Les dépôts de comptes de liquidation se multiplient dans ce segment à Lyon comme dans les villes moyennes de la région.

Les zones qui résistent

La Savoie (73) et le Cantal (15) affichent les seules évolutions négatives du tableau — c'est-à-dire une baisse du nombre de procédures par rapport au T1 2026, respectivement -3 % et -2 %. Deux profils très différents, mais une logique commune.

En Savoie, la saison hivernale 2025-2026 a été jugée satisfaisante par les professionnels de la montagne. Les stations des Alpes du Nord ont bénéficié d'un enneigement correct jusqu'en mars, soutenant la trésorerie des hébergeurs et des prestataires de loisirs. Cette bouffée d'oxygène printanière a permis à plusieurs structures fragilisées de passer le cap sans recourir à une procédure collective. Le BTP local, adossé aux chantiers de rénovation énergétique des résidences de tourisme, a également tenu.

Dans le Cantal, la résistance est d'une autre nature : elle tient à la faible densité du tissu économique. Avec moins de vingt procédures estimées sur le trimestre, le département reste à l'écart des grandes dynamiques de défaillance — non par vigueur, mais par taille. Les filières d'élevage et de transformation fromagère, portées par des prix agricoles orientés à la hausse, ont limité la casse dans l'agroalimentaire local.

Une région sous pression macro : consommation, industrie, tourisme

Auvergne-Rhône-Alpes est la deuxième région économique française, avec un PIB régional supérieur à 280 milliards d'euros. Son exposition aux défaillances n'est donc pas surprenante — elle est, en partie, mécanique : plus il y a d'entreprises, plus il y a de procédures potentielles. Mais la dynamique de hausse observée depuis fin 2024 dépasse le simple effet de volume.

Trois facteurs macro pèsent simultanément sur le tissu régional. La consommation des ménages reste atone dans les agglomérations de taille intermédiaire — Saint-Étienne, Clermont-Ferrand, Valence — où le pouvoir d'achat réel a été rogné par deux années d'inflation. L'industrie manufacturière, pilier historique de la région (mécanique, plasturgie, chimie dans l'Ain et l'Isère), souffre du ralentissement de la demande européenne et de la concurrence asiatique sur certains segments. Le tourisme alpin, enfin, reste une variable d'ajustement : excellent en hiver, il ne compense pas toujours les creux de printemps pour les structures qui n'ont pas su diversifier leur calendrier d'activité.

La plateforme Actify recense par ailleurs plusieurs fonds de commerce en liquidation judiciaire à reprendre en Auvergne-Rhône-Alpes, signe que le marché de la cession-reprise reste actif — mais aussi que l'offre de structures en difficulté dépasse parfois la demande de repreneurs solvables.

À l'échelle nationale, Allianz Trade rappelait en avril 2026 que trois secteurs seulement échappaient à la hausse prolongée des défaillances. En Auvergne-Rhône-Alpes, ce constat se vérifie : la grande majorité des filières régionales reste exposée. Le tribunal de commerce de Lyon, premier de la région par volume d'activité, devrait enregistrer sur l'ensemble du T2 2026 un nombre de jugements d'ouverture supérieur de 7 à 10 % à celui du T2 2025 — une projection cohérente avec la tendance nationale et le rythme mensuel observé au BODACC.