C'est le carrossier nordiste Durisotti qui concentre le regard. Spécialisé dans l'aménagement de véhicules utilitaires, repris en 2024 par le groupe nordiste GTE Automotive, l'entreprise a demandé son placement en redressement judiciaire, rapporte Le Journal des Entreprises. Moins de deux ans après une reprise censée lui offrir un second souffle, la société retourne devant le tribunal. Ce retournement rapide interroge : la reprise n'a pas suffi à reconstituer les marges ni à stabiliser la trésorerie. C'est précisément ce mécanisme — coûts structurels absorbés par un repreneur, puis défaut de liquidités à court terme — que l'on retrouve dans plusieurs dossiers régionaux de ce trimestre.
Le contexte national amplifie la lecture locale. Selon une étude d'Interpath, cabinet spécialisé en M&A, relayée sur Instagram, 19 000 entreprises ont déjà fait faillite en France sur les trois premiers mois de 2026, soit un rythme qualifié de record depuis la crise de 2009. Derrière ces chiffres nationaux : 75 350 emplois menacés. Les Hauts-de-France ne font pas exception à cette dynamique — le BODACC recense 836 procédures dans la région sur les trente derniers jours, un volume qui signale une accélération sensible du nombre d'ouvertures de dossiers.
Top 3 des défaillances marquantes en Hauts-de-France
| Rang | Entreprise | Secteur | Procédure | Date | Source |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Durisotti (groupe GTE Automotive) | Carrosserie / aménagement véhicules utilitaires | Redressement judiciaire | Mai 2026 | Le Journal des Entreprises |
| 2 | Multi Service des Hauts de France | Travaux de construction spécialisés | Redressement judiciaire | 01/04/2026 | Pappers.fr |
| 3 | Fonderies de Sougland (Saint-Michel) | Fonderie / industrie métallurgique | Liquidation judiciaire (puis reprise) | Avril 2026 | Instagram / source 4 |
Durisotti, Multi Service, Fonderies de Sougland : trois trajectoires, un même signal
Durisotti cristallise la fragilité des reprises industrielles dans la région. Intégré au groupe nordiste GTE Automotive en 2024, le carrossier spécialisé dans l'aménagement de véhicules n'a pas réussi à consolider son modèle économique sous la nouvelle structure. Le dépôt de bilan intervient moins de deux ans après la transaction, ce qui pointe vers un déficit de trésorerie opérationnelle plutôt qu'un problème de demande : la reprise a peut-être sous-estimé la charge de restructuration à absorber. Le Journal des Entreprises précise que l'entreprise se place elle-même en redressement — signe qu'une solution amiable n'a pas été trouvée en amont.
Multi Service des Hauts de France représente un profil différent, celui du tissu de proximité. Référencée dans le Pas-de-Calais par Pappers.fr avec un capital social de 723 415 euros, des capitaux propres de 15 589 euros et entre 6 et 9 salariés, la société de travaux de construction spécialisés a été placée en redressement judiciaire le 1er avril 2026. L'écart entre le capital social et les capitaux propres — réduits à moins de 2 % du premier — traduit une érosion prolongée des fonds propres, typique d'une TPE dont les marges ont été comprimées sur plusieurs exercices avant que la procédure ne devienne inévitable. Pour les 6 à 9 salariés concernés, l'incertitude est immédiate.
Les Fonderies de Sougland, à Saint-Michel, illustrent un troisième scénario : la liquidation judiciaire prononcée, puis la reprise in extremis. Selon une source Instagram datée du 25 avril 2026, cette entreprise décrite comme « emblématique » a failli disparaître définitivement avant d'être sauvée. Le qualificatif employé dans la source dit quelque chose du poids symbolique de ce type d'acteur industriel dans les territoires ruraux des Hauts-de-France, où chaque fermeture d'unité de production pèse sur l'emploi local bien au-delà de ses effectifs directs.
Ce que ce palmarès révèle du tissu économique des Hauts-de-France
Trois filières ressortent de ce relevé trimestriel : l'industrie métallurgique et la carrosserie, le BTP de proximité, et — en toile de fond nationale — la restauration rapide. La coexistence de ces secteurs n'est pas anodine. Elle reflète la structure productive d'une région où l'industrie manufacturière reste prépondérante, mais où les marges opérationnelles sont structurellement étroites, notamment dans la sous-traitance automobile et les travaux spécialisés.
Le cas Durisotti mérite d'être lu à l'aune du tissu automobile nordiste. GTE Automotive est un groupe régional : la défaillance de l'une de ses filiales, si tôt après acquisition, peut fragiliser la chaîne de sous-traitants et de fournisseurs locaux qui travaillaient avec Durisotti. Ce type d'effet domino — repreneur en difficulté, fournisseurs non payés, nouvelles procédures en cascade — est précisément ce qui explique que 836 procédures aient été enregistrées en un seul mois dans la région selon le BODACC, un chiffre qui dépasse la simple addition de cas isolés.
Le profil de Multi Service des Hauts de France pointe vers une tension spécifique au BTP régional. Une société de travaux spécialisés avec moins de dix salariés et des fonds propres quasi nuls ne dispose d'aucun coussin pour absorber un retard de paiement d'un client public ou privé, une hausse de charges sociales, ou simplement un hiver chargé en sinistres. Pappers.fr recense ce dossier parmi d'autres dans le Pas-de-Calais, département qui concentre une part significative des procédures régionales selon les données disponibles.
La situation des Fonderies de Sougland soulève une question de fond sur la réindustrialisation des territoires ruraux de la région. Qu'une fonderie « emblématique » passe par la liquidation avant d'être reprise montre à la fois la vulnérabilité de ces actifs — souvent porteurs de savoir-faire rares, peu substituables — et la difficulté à trouver des repreneurs solvables en dehors des circuits habituels de la transmission d'entreprise. La reprise a eu lieu, mais elle est intervenue après l'ouverture de la procédure de liquidation, ce qui signifie que les salariés et les créanciers ont traversé une période d'incertitude maximale.
836 procédures en trente jours : un rythme qui s'accélère
Le volume brut de 836 procédures recensées par le BODACC en Hauts-de-France sur les trente derniers jours constitue le signal le plus préoccupant de ce trimestre. Rapporté au rythme national — 19 000 défaillances en trois mois selon Interpath, soit environ 6 300 par mois pour toute la France —, le chiffre régional représente une part non négligeable, dans une région qui ne pèse qu'une fraction du tissu d'entreprises hexagonal. Ce ratio suggère que les Hauts-de-France subissent une pression proportionnellement plus forte que la moyenne nationale, même si les sources disponibles ne permettent pas de quantifier précisément cet écart.
La comparaison avec le trimestre précédent reste difficile à établir précisément faute de données T1 2026 explicitement fournies pour la région. Ce que les sources permettent d'affirmer, en revanche, c'est que le rythme national de 19 000 défaillances en un trimestre est qualifié de niveau record depuis 2009 par Interpath. Si les Hauts-de-France suivent cette trajectoire — et les 836 procédures mensuelles du BODACC ne contredisent pas cette hypothèse —, le deuxième trimestre 2026 s'inscrit comme l'un des plus chargés de la décennie pour le tissu économique régional. Les dossiers Durisotti et Fonderies de Sougland, tous deux ouverts en avril-mai 2026, en sont les marqueurs les plus visibles.