Faillite

Textile-habillement en PACA : la vague des liquidations ne reflue pas

En Provence-Alpes-Côte d'Azur, 1 339 procédures collectives ont été recensées en trente jours. Le textile et l'habillement figurent parmi les secteurs les plus exposés.

1 339 procédures collectives en trente jours sur le seul territoire de Provence-Alpes-Côte d'Azur. Le chiffre, issu du BODACC, dit tout de la pression qui s'exerce sur le tissu économique régional au printemps 2026. Dans le textile et l'habillement, la situation est particulièrement tendue : les liquidations s'enchaînent, les reprises restent rares, et les enseignes historiques vacillent les unes après les autres. La région, pourtant dotée d'un bassin de consommation parmi les plus dynamiques de France grâce au tourisme et à la densité urbaine de l'arc méditerranéen, n'échappe pas à la purge en cours.

Le contexte national aggrave ce tableau régional. Au premier trimestre 2026, les défaillances d'entreprises ont progressé de 6,4 % en France, atteignant un niveau qualifié d'« historiquement élevé » avec près de 19 000 procédures ouvertes, selon la Banque des Territoires. En PACA, ce mouvement se superpose à des fragilités structurelles propres au commerce de détail : loyers commerciaux élevés dans les centres-villes de Marseille et de Nice, coût du travail sous pression depuis la revalorisation du SMIC, et effondrement progressif du pouvoir d'achat des ménages qui arbitrent désormais sévèrement leurs dépenses vestimentaires. La consommation d'habillement en France a reculé en volume pour le troisième trimestre consécutif fin 2025, une tendance qui frappe de plein fouet les enseignes positionnées sur le milieu de gamme.

Marseille en première ligne : de JOTT à San Marina, les noms tombent

Marseille concentre les cas les plus emblématiques. JOTT, la marque marseillaise de doudounes devenue en quelques années une référence nationale du prêt-à-porter accessible, a été placée en redressement judiciaire avant d'être reprise par le fonds d'investissement Amoniss, déjà propriétaire de plusieurs marques de mode. La décision, annoncée mi-avril 2026, a évité le pire pour les salariés de la marque, mais elle illustre à elle seule la fragilité des marques régionales face aux à-coups de la demande et à la hausse des coûts d'approvisionnement, notamment depuis l'Asie du Sud-Est. Le renchérissement du fret maritime, jamais totalement résorbé depuis la crise logistique de 2021-2022, continue de peser sur les marges des griffes qui font produire hors d'Europe.

Dans la même ville, le Tribunal de commerce de Marseille a prononcé la liquidation judiciaire de San Marina. L'enseigne, spécialisée dans la chaussure et les accessoires de mode, pesait encore plusieurs centaines de milliers d'euros de chiffre d'affaires selon les données Pappers. Sa disparition prive plusieurs zones commerciales marseillaises d'un locataire historique et laisse des dizaines de salariés sans perspective immédiate. Les liquidations s'accélèrent. San Marina vient d'en faire les frais. Et elle n'est pas seule.

Un secteur sous tension de Nice à l'ensemble de l'arc méditerranéen

Au-delà de Marseille, c'est l'ensemble de la région qui enregistre des signaux de détresse dans l'habillement et le textile. Les plateformes spécialisées dans les cessions judiciaires — Actify en tête — publient en flux continu des annonces de vente d'actifs et d'entreprises en liquidation ou redressement judiciaire dans le secteur habillement-textile, avec des mises à jour quasi quotidiennes. Le volume de ces annonces a sensiblement progressé depuis le début de l'année, reflétant l'accélération des ouvertures de procédures enregistrées au BODACC. Les administrateurs et mandataires judiciaires de la région sont en surchauffe. Certains cabinets, comme l'étude Meynet, gèrent simultanément plusieurs dossiers de cession d'actifs dans le secteur, avec des ventes aux enchères programmées à intervalles rapprochés.

Le commerce de détail d'habillement en magasin spécialisé — code APE 4771Z — est la catégorie la plus touchée. Ce sont principalement des structures de taille intermédiaire, entre dix et cinquante salariés, qui disparaissent sans faire la une des journaux mais qui représentent l'essentiel du maillage commercial dans les centres-villes et les galeries marchandes de la région. Chaque fermeture entraîne une vacance commerciale supplémentaire, un phénomène déjà documenté dans les rues commerçantes de plusieurs villes de la région, où le taux de locaux vacants a progressé de façon mesurable depuis 2023.

La reprise par les fonds : solution ou sursis ?

Le cas JOTT pose une question que les praticiens des procédures collectives connaissent bien : la reprise par un fonds d'investissement constitue-t-elle un sauvetage durable ou un simple report de l'échéance ? Amoniss, le repreneur, est déjà propriétaire d'autres marques de mode. Sa capacité à redresser JOTT dépendra de sa faculté à réduire les coûts fixes — notamment les loyers des points de vente en propre — et à repositionner la marque sur un segment de prix que les consommateurs acceptent encore de payer. Dans un marché où la fast fashion à bas coût et le luxe accessible captent l'essentiel de la croissance, le milieu de gamme reste en étau.

Les chiffres du premier trimestre 2026 donnent peu de raisons d'anticiper un retournement rapide. Près de 19 000 défaillances à l'échelle nationale sur trois mois, un rythme jamais atteint depuis la sortie de la période Covid, et une PACA qui contribue à cette statistique avec 1 339 procédures en trente jours tous secteurs confondus : le textile et l'habillement régional aborde le printemps 2026 sans filet de sécurité visible. La prochaine vente aux enchères judiciaire d'actifs textiles en région, programmée dans les jours à venir selon les annonces publiées sur Actify, en sera un nouveau thermomètre.