Vue d'ensemble

Procédures préventives : agir avant qu'il ne soit trop tard

7 min de lecture Vérifié le 7 mai 2026
En résumé

Le mandat ad hoc et la conciliation permettent de négocier discrètement avec vos créanciers, avant toute cessation des paiements. Confidentiels, souples, ils laissent le dirigeant aux commandes.

À qui s'adresse cette fiche

Cette fiche s'adresse au dirigeant de TPE ou PME qui perçoit un signal d'alerte — trésorerie tendue, créancier menaçant, contrat perdu — et veut agir avant d'être contraint. Elle est utile dès lors que l'entreprise n'est pas encore en cessation des paiements.

Pourquoi choisir le préventif : confidentialité, souplesse et contrôle

Les procédures amiables — mandat ad hoc et conciliation — reposent sur trois avantages que les procédures collectives ne peuvent pas offrir. Premier avantage : la confidentialité légale. Aucune publication au BODACC, aucun jugement rendu public. Vos fournisseurs, vos clients et vos salariés n'ont pas à savoir que vous traversez une période difficile. Seuls les créanciers impliqués dans la négociation sont informés.

Deuxième avantage : vous restez aux commandes. Contrairement au redressement judiciaire, où un administrateur peut se voir confier la gestion, le mandat ad hoc et la conciliation ne dessaisissent pas le dirigeant. Vous continuez à signer les contrats, à gérer la trésorerie, à prendre les décisions stratégiques. Le mandataire ou le conciliateur désigné par le tribunal joue un rôle d'intermédiaire, pas de tuteur. Troisième avantage : la liberté de négociation. Vous choisissez avec quels créanciers vous négociez, dans quel ordre, et sur quelles bases — délais de paiement, remises de dettes, rééchelonnement.

L'accès à ces dispositifs est cependant conditionné à une règle fondamentale : ne pas être en cessation des paiements au moment de la demande. L'article L611-3 du Code de commerce réserve le mandat ad hoc aux entreprises qui ne se trouvent pas en cessation des paiements. L'article L611-4 ouvre la conciliation aux entreprises en difficulté économique, juridique ou financière, mais qui ne sont pas en cessation des paiements depuis plus de 45 jours. Passé ce délai, la porte se ferme sur le préventif et s'ouvre sur le judiciaire.

En 2025, selon les données BODACC et BPI France, le nombre d'ouvertures de procédures collectives a dépassé 60 000 sur l'année. Une part significative de ces dossiers concernait des entreprises qui auraient pu accéder au préventif quelques semaines plus tôt. Le signal d'alerte — trésorerie tendue, créancier menaçant, perte d'un contrat majeur — est souvent là bien avant la cessation des paiements. L'enjeu est de le prendre au sérieux avant que le délai de 45 jours ne soit écoulé.

La fenêtre se referme vite

Dès que votre entreprise est en cessation des paiements depuis plus de 45 jours, vous n'êtes plus éligible à la conciliation (art. L611-4 Code de commerce). Vous avez alors l'obligation légale de déposer le bilan dans les 45 jours suivant la cessation des paiements. Agir tôt n'est pas une option : c'est la condition d'accès au préventif.

Le mandat ad hoc : un négociateur discret nommé par le tribunal

Le mandat ad hoc repose sur un principe simple : vous demandez au président du tribunal de commerce — ou du tribunal judiciaire si vous exercez une activité civile — de désigner un professionnel chargé de négocier à vos côtés. Cette demande se fait par requête confidentielle, sans audience publique, sans inscription au registre du commerce. Personne, ni vos fournisseurs ni vos clients, n'est informé de la démarche. Le fondement légal est l'article L611-3 du Code de commerce.

Le mandataire ad hoc n'est pas un administrateur judiciaire qui prend le contrôle de votre entreprise. C'est un facilitateur : il rencontre vos créanciers, analyse votre situation financière et cherche un accord amiable — rééchelonnement de dettes, abandon partiel de créances, moratoire bancaire. Vous restez seul maître de vos décisions. Il n'a aucun pouvoir de contrainte sur vous ni sur vos créanciers.

Aucune durée légale imposée

Contrairement à la conciliation, le mandat ad hoc n'est soumis à aucun délai légal. La mission dure le temps nécessaire à la négociation — quelques semaines comme plusieurs mois. Le président du tribunal peut la prolonger autant que les parties le jugent utile.

Les honoraires du mandataire sont fixés librement, en accord avec le président du tribunal. Pour une TPE ou PME, ils se situent autour de 5 000 à 20 000 € selon la complexité du dossier et la durée de la mission — à vérifier au cas par cas avec le tribunal compétent. Ces coûts restent sans commune mesure avec ceux d'une procédure collective contentieuse. Il n'existe aucune obligation de résultat : si la négociation échoue, la procédure se clôt discrètement, sans trace publique.

La conciliation : un accord négocié, constaté ou homologué

La conciliation est régie par les articles L611-4 à L611-15 du Code de commerce. Elle s'adresse aux entreprises en difficulté avérée ou seulement prévisible. Sa particularité : elle reste accessible même si vous êtes en cessation des paiements depuis moins de 45 jours. Au-delà, seule une procédure collective est possible. C'est donc souvent la dernière porte préventive avant le redressement judiciaire.

Le tribunal nomme un conciliateur, professionnel indépendant, chargé de faciliter un accord entre vous et vos principaux créanciers. La procédure dure au maximum 5 mois : 4 mois renouvelables une fois pour 1 mois supplémentaire, sur demande du conciliateur. Pendant cette période, les négociations restent confidentielles. Aucune publicité n'est faite, sauf si vous demandez l'homologation.

Constatation ou homologation : deux niveaux de protection

Si un accord est trouvé, vous avez le choix entre deux options :

Accord constaté (art. L611-8 I) : le président du tribunal lui donne force exécutoire. La procédure reste entièrement confidentielle. Aucune publication. Mais les créanciers non signataires peuvent continuer leurs poursuites.

Accord homologué (art. L611-8 II) : le tribunal publie sa décision. En contrepartie, les poursuites des créanciers signataires sont suspendues pendant toute la durée de l'accord, et les cautions personnes physiques bénéficient des mêmes délais que vous.

L'homologation offre une protection supplémentaire décisive : le privilège de conciliation, prévu à l'article L611-11 du Code de commerce. Tout créancier — banque, investisseur, fournisseur — qui apporte de l'argent frais ou des biens nouveaux dans le cadre de l'accord homologué bénéficie d'un rang prioritaire de remboursement en cas d'ouverture ultérieure d'une procédure collective. Ce mécanisme est conçu pour rassurer ceux qui acceptent de financer une entreprise fragilisée.

1

Dépôt de la demande

J0

Vous saisissez le président du tribunal de commerce (ou judiciaire). La demande est confidentielle. Vous exposez votre situation financière et proposez éventuellement un conciliateur.

2

Ouverture et nomination du conciliateur

Quelques jours

Le président rend une ordonnance. Le conciliateur est nommé. La procédure est ouverte pour 4 mois maximum.

3

Négociation avec les créanciers

J0 à J+4 mois

Le conciliateur organise les discussions : rééchelonnement de dettes, remises, apports de nouveaux financements. Vous restez aux commandes de l'entreprise.

4

Prolongation éventuelle

+1 mois

Sur demande du conciliateur, le président peut prolonger la procédure d'1 mois supplémentaire, soit 5 mois au total.

5

Accord constaté ou homologué

Avant J+5 mois

Si un accord est signé, vous choisissez entre constatation (confidentielle, force exécutoire) ou homologation (publiée, suspension des poursuites, privilège de l'article L611-11).

Mandat ad hoc, conciliation, sauvegarde : le comparatif décisif

Trois outils, trois logiques différentes. Le choix dépend d'un seul facteur initial : êtes-vous encore en mesure de payer vos dettes exigibles avec votre actif disponible ? Si oui, le mandat ad hoc et la conciliation sont accessibles. Si vous avez franchi le seuil de la cessation des paiements depuis plus de 45 jours, seule la conciliation reste envisageable — et uniquement pour une durée limitée.

Mandat ad hoc Conciliation Sauvegarde
Condition d'accès Pas de cessation des paiements Pas de cessation des paiements, ou cessation depuis moins de 45 jours Pas de cessation des paiements (art. L620-1 C. com.)
Confidentialité Totale — aucune publicité Totale si accord constaté ; publicité si accord homologué Aucune — jugement d'ouverture publié au BODACC
Durée Libre, en pratique 3 à 6 mois 4 mois, prorogeable jusqu'à 5 mois maximum Période d'observation : 6 mois, renouvelable jusqu'à 18 mois
Rôle du dirigeant Conserve la direction et les négociations ; le mandataire assiste Conserve la direction ; le conciliateur facilite les négociations Maintenu à la tête, mais sous surveillance d'un administrateur judiciaire
Effet sur les poursuites Aucun effet légal automatique — dépend de la bonne volonté des créanciers Suspension possible des poursuites pendant la procédure si le tribunal l'ordonne Suspension automatique de toutes les poursuites dès l'ouverture (stay)

La sauvegarde (art. L620-1 du Code de commerce) est souvent perçue comme un dernier recours avant le redressement. C'est inexact. Elle s'adresse à des entreprises viables mais fragilisées, qui ne sont pas encore en cessation des paiements. Son avantage majeur : la suspension automatique des poursuites dès le jugement d'ouverture. En contrepartie, elle est publique, elle implique un plan de sauvegarde contraignant sur plusieurs années, et elle place le dirigeant sous le regard d'un administrateur judiciaire.

Le mandat ad hoc est l'outil le plus discret et le plus souple. Aucune contrainte légale sur les créanciers, aucune publicité, aucun délai imposé par la loi. Il convient à un dirigeant qui a encore du temps devant lui et des créanciers prêts à négocier. La conciliation ajoute un cadre légal : l'accord peut être constaté (confidentiel) ou homologué (public, mais opposable à tous et protégé contre une future action en responsabilité). Si vous avez besoin d'un gel immédiat des poursuites, seule la sauvegarde le garantit sans négociation préalable.

Règle de décision rapide

Créancier menaçant mais pas de cessation des paiements → mandat ad hoc. Cessation des paiements récente (moins de 45 jours) ou besoin d'un accord homologué → conciliation. Poursuites multiples à stopper immédiatement → sauvegarde. Chaque semaine perdue réduit l'éventail des choix disponibles.

Quand bascule-t-on vers une procédure collective ?

La frontière est précise : c'est la cessation des paiements. Elle est atteinte lorsque votre actif disponible — ce que vous avez en caisse ou mobilisable immédiatement — ne couvre plus votre passif exigible, c'est-à-dire les dettes dont vos créanciers réclament le règlement maintenant. À partir de ce moment, le compteur tourne.

L'article L631-4 du Code de commerce est sans ambiguïté : vous avez 45 jours pour déclarer la cessation des paiements au tribunal. Passé ce délai, vous engagez votre responsabilité personnelle. Et les deux procédures préventives — mandat ad hoc et conciliation — vous sont fermées. La conciliation est même inaccessible si vous êtes en cessation des paiements depuis plus de 45 jours au moment de la demande d'ouverture. Concrètement, si vous attendez le deuxième ou le troisième mois sans payer vos charges sociales, la porte du préventif se referme.

Ce qui suit la déclaration, c'est soit le redressement judiciaire si un plan de continuation paraît possible, soit la liquidation judiciaire si la situation est irrémédiablement compromise. Dans les deux cas, un mandataire judiciaire entre en scène, les créanciers sont figés, et vous perdez une partie du contrôle de votre entreprise. Le tribunal peut aussi ouvrir une liquidation simplifiée pour les très petites structures.

Le signal d'alerte à ne pas ignorer

Un premier incident de paiement — virement rejeté, fournisseur qui relance, URSSAF qui met en demeure — est le moment d'agir, pas le rejet de chèque. À ce stade, le mandat ad hoc reste ouvert, la conciliation aussi. Quelques semaines plus tard, ce n'est plus garanti. Selon les données BODACC 2025, une part significative des ouvertures de redressement judiciaire concerne des entreprises qui auraient pu accéder au préventif un à deux mois plus tôt.