Le prépack cession organise la vente d'une entreprise sous mandat ad hoc ou conciliation avant toute audience publique. Résultat : une reprise rapide, confidentielle et mieux valorisée.
Dirigeant·e d'une TPE/PME en difficulté qui souhaite préparer une cession rapide et discrète avant l'ouverture d'une procédure collective. Également utile pour tout repreneur ou conseil impliqué dans un dossier de reprise accélérée.
Qu'est-ce que le prépack cession ?
Le prépack cession est une technique de reprise d'entreprise en deux temps. Avant toute procédure collective, le dirigeant organise discrètement la vente de son entreprise — ou d'une partie de ses actifs — à un repreneur identifié. Ce travail préparatoire se déroule sous le couvert d'un mandat ad hoc (article L611-3 du Code de commerce) ou d'une conciliation (article L611-7). Ces deux dispositifs sont confidentiels : ni les salariés, ni les créanciers, ni la presse n'ont accès aux négociations.
Un mandataire ad hoc ou un conciliateur est nommé par le président du tribunal. Son rôle : faciliter les négociations entre le dirigeant et les candidats repreneurs, s'assurer que l'offre est sérieuse, et préparer le dossier qui sera soumis au tribunal. Quand tout est prêt, le dirigeant demande l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire. Le tribunal statue alors sur un plan de cession déjà ficelé, en quelques jours seulement.
C'est là la logique centrale du prépack : inverser le calendrier habituel. Dans une cession classique en redressement, le repreneur est cherché après l'ouverture de la procédure, sous pression du temps et des créanciers. Dans le prépack, l'offre existe avant même que le tribunal soit saisi. L'audience de cession devient une formalité de validation, non une mise aux enchères incertaine. Cette mécanique réduit considérablement le risque de liquidation judiciaire faute de repreneur.
Le mandat ad hoc et la conciliation sont soumis à une obligation de confidentialité stricte (article L611-15 du Code de commerce). Aucune information sur les négociations ne peut être divulguée par le mandataire, le conciliateur ou les parties. Cette confidentialité est l'un des atouts majeurs du prépack : elle protège la valeur de l'entreprise et évite la fuite des clients, fournisseurs ou salariés clés pendant la phase de préparation.
Les étapes du prépack cession
Le prépack cession suit un enchaînement précis. Tout commence avant l'ouverture de toute procédure collective. Le dirigeant saisit le président du tribunal pour obtenir la désignation d'un mandataire ad hoc ou d'un conciliateur. C'est ce professionnel qui va piloter la phase confidentielle de recherche d'acquéreurs. Les modalités de désignation du conciliateur sont fixées par l'article R611-22 du Code de commerce : la demande est adressée au président du tribunal, qui statue sans publicité.
Une fois désigné, le conciliateur ou mandataire organise un pré-marketing ciblé. Il contacte discrètement un nombre restreint de candidats à la reprise — souvent deux à cinq — sélectionnés pour leur sérieux et leur capacité financière. Cette phase reste confidentielle : ni les salariés, ni les créanciers, ni les concurrents ne sont informés à ce stade. L'objectif est d'obtenir une ou plusieurs offres fermes avant toute audience.
Lorsqu'une offre satisfaisante est identifiée, le dirigeant dépose simultanément sa demande d'ouverture de redressement judiciaire et l'offre de reprise au greffe du tribunal. Le tribunal peut alors statuer très rapidement — parfois lors d'une audience unique — en arrêtant le plan de cession. La durée totale de la phase amiable varie généralement entre trois et huit semaines selon la complexité du dossier.
Désignation du mandataire ou conciliateur
J-0Saisine du président du tribunal. Désignation sans publicité, conformément à l'article R611-22 du Code de commerce. La confidentialité est garantie dès cette étape.
Phase de pré-marketing confidentiel
J+3 à J+30Le conciliateur contacte un panel restreint de repreneurs potentiels. Remise d'un mémorandum de cession sous accord de confidentialité. Aucune publicité légale n'est déclenchée.
Négociation et sélection de l'offre
J+15 à J+45Les candidats remettent leurs offres. Le conciliateur et le dirigeant analysent les propositions : prix, périmètre repris, nombre d'emplois maintenus, garanties financières. Une offre est retenue.
Dépôt simultané au tribunal
J+30 à J+60Dépôt conjoint de la demande d'ouverture de redressement judiciaire et de l'offre de reprise. Le tribunal peut statuer lors d'une audience unique et arrêter le plan de cession dans la foulée.
Le conciliateur a besoin d'un dossier complet pour approcher les repreneurs : bilan des trois derniers exercices, liste des actifs cédés, effectif détaillé, contrats en cours. Plus ce dossier est prêt tôt, plus la phase de pré-marketing est courte. Un dossier incomplet peut faire perdre deux à trois semaines et fragiliser la confidentialité.
Les avantages du prépack cession
Le prépack cession compresse le calendrier judiciaire à son minimum. Une fois la procédure ouverte, le tribunal peut statuer sur la cession dès la première audience — parfois dans les 48 à 72 heures. Comparez cela à une cession classique à la barre, qui suppose plusieurs mois d'instruction, d'appels d'offres et d'audiences. Pour une entreprise fragilisée, chaque semaine compte : les carnets de commandes se vident, les fournisseurs durcissent leurs conditions, les salariés clés partent.
La confidentialité est le second atout structurant. Pendant toute la phase de négociation — qui se déroule avant l'ouverture de la procédure, sous l'égide d'un mandataire ad hoc ou d'un conciliateur — aucune publicité légale n'est requise. Vos clients ignorent les difficultés, vos fournisseurs maintiennent leurs lignes de crédit, vos salariés restent mobilisés. Cette discrétion est impossible dans une procédure collective classique, où l'ouverture du redressement judiciaire est publiée au BODACC dès le jugement.
Troisième levier : la préservation de la valeur de l'actif. L'incertitude d'une procédure longue érode mécaniquement le prix de cession. Un acquéreur qui négocie dans l'urgence, face à un actif dégradé et une clientèle dispersée, impose une décote significative. En prépack, l'offre est construite sur une entreprise encore en activité normale, avec ses contrats en cours et ses équipes en place.
En prépack cession bien préparé, la cession peut être prononcée en moins de 15 jours après l'ouverture du redressement judiciaire. En cession classique à la barre, le délai moyen dépasse 3 à 5 mois, selon les estimations des praticiens des procédures collectives.
Limites et risques du prépack cession
Le prépack cession repose sur une négociation discrète, menée avant toute procédure officielle. Cette discrétion est un atout, mais elle expose aussi à des contestations sérieuses. Le risque principal : que d'autres repreneurs potentiels, non consultés durant la phase amiable, soulèvent devant le tribunal une irrégularité dans la sélection des candidats. Si le processus de pré-marketing paraît orienté — un seul candidat approché, des critères de sélection opaques — l'audience d'examen du plan peut tourner à l'affrontement.
On parle parfois de risque de « favoritisme », mais la nuance est importante. Le délit de favoritisme (article 432-14 du Code pénal) vise les marchés publics et les agents publics, pas les cessions d'entreprises en difficulté. En revanche, le tribunal peut écarter une offre s'il estime que la procédure de mise en concurrence a été insuffisante. L'article L. 642-5 du Code de commerce impose au tribunal de retenir l'offre qui garantit le mieux la pérennité de l'emploi et l'apurement du passif — pas nécessairement celle négociée en amont. Un concurrent peut déposer une offre alternative à l'audience, et le tribunal est libre de la préférer.
Autre fragilité : la fuite d'information pendant la phase de pré-marketing. Approcher plusieurs repreneurs, partager des données financières sous NDA, organiser des visites de sites — chaque étape multiplie les risques de divulgation. Une rumeur de cession suffit à déstabiliser les équipes, inquiéter les fournisseurs ou accélérer la défection de clients clés. La confidentialité n'est jamais garantie à 100 %, même avec des accords de non-divulgation bien rédigés.
Enfin, si le tribunal refuse l'offre présentée — parce qu'elle lui paraît insuffisante ou qu'une offre concurrente est jugée meilleure — tout le travail de négociation préalable tombe. L'entreprise entre alors en plan de cession classique, avec des délais supplémentaires et une situation souvent plus dégradée qu'au départ. Ce scénario reste minoritaire, mais il n'est pas exceptionnel lorsque le dossier a été préparé trop vite ou avec un seul repreneur en lice.
Le tribunal n'est pas lié par l'accord négocié en amont. Pour limiter le risque de rejet ou de surenchère à l'audience, approchez au minimum deux ou trois repreneurs sérieux durant la phase amiable et documentez rigoureusement chaque étape de sélection. Un mandataire ad hoc ou un conciliateur peut formaliser ce processus et lui donner une légitimité aux yeux du tribunal.
| Prépack cession | Plan de cession classique | |
|---|---|---|
| Risque de contestation à l'audience | Élevé si un seul repreneur consulté | Faible : appel d'offres public encadré |
| Risque de fuite d'information | Modéré à élevé (phase amiable discrète mais non publique) | Limité après jugement d'ouverture (données contrôlées par l'administrateur) |
| Conséquence si le tribunal refuse l'offre | Retour à une procédure classique, délais allongés | Nouvelle mise en concurrence dans la même procédure |
| Encadrement légal de la sélection | Souple mais exposé à la critique | Strict : article L. 642-5 du Code de commerce |
Le cadre légal du prépack cession
Le prépack cession repose sur un socle législatif précis. C'est l'ordonnance n°2014-326 du 12 mars 2014 qui a formalisé et sécurisé ce mécanisme en droit français. Avant cette réforme, la pratique existait de façon informelle. L'ordonnance lui a donné un cadre clair, opposable aux tiers et contrôlé par le tribunal.
La phase de préparation s'appuie sur l'article L611-7 du Code de commerce, qui définit la mission du conciliateur. Cet article lui permet explicitement de rechercher un accord entre le débiteur, ses créanciers et, le cas échéant, un repreneur potentiel. C'est cette disposition qui autorise le conciliateur à piloter la négociation de la cession avant toute ouverture de procédure collective. Les modalités de sa désignation et l'étendue de sa mission sont précisées par l'article R611-22 du Code de commerce : le président du tribunal fixe sa rémunération, sa durée de mission et ses attributions spécifiques, ce qui peut inclure expressément la préparation d'un projet de cession.
Une fois la conciliation terminée, la cession préparée ne s'exécute pas directement. Elle doit être soumise à l'approbation du tribunal dans le cadre d'une procédure collective ouverte à cet effet. C'est l'article L642-1 du Code de commerce et les articles suivants qui régissent cette étape. Selon que le débiteur est placé en redressement judiciaire ou en liquidation judiciaire, le tribunal prononce un plan de cession. Le juge vérifie que l'offre retenue est sérieuse, que le prix est réel et que les engagements du repreneur sont crédibles. Le plan homologué est alors opposable à tous : créanciers, salariés, cocontractants.
Ce double niveau — négociation sous l'égide du conciliateur, puis homologation judiciaire — est précisément ce qui distingue le prépack cession d'une simple cession amiable. Le tribunal conserve un pouvoir de contrôle. Il peut rejeter une offre qu'il juge insuffisante ou non conforme à l'intérêt des créanciers et des salariés. En pratique, les dossiers bien préparés en amont aboutissent à une audience d'homologation en quelques jours seulement après l'ouverture de la procédure.
Ordonnance n°2014-326 du 12 mars 2014 : réforme structurante qui a codifié le prépack cession.
Article L611-7 C. com. : mission du conciliateur, incluant la préparation d'une cession.
Article R611-22 C. com. : désignation du conciliateur et étendue de sa mission.
Articles L642-1 et suivants C. com. : régime du plan de cession homologué par le tribunal dans le cadre d'un redressement ou d'une liquidation judiciaire.
Questions fréquentes
Combien de temps dure un prépack cession de A à Z ?
La durée varie selon la complexité du dossier. Comptez en général 2 à 5 mois au total : 4 à 12 semaines pour la phase confidentielle de pré-marketing (mandat ad hoc ou conciliation), puis quelques jours à 3 semaines entre l'ouverture de la procédure collective et l'audience de cession. La conciliation est légalement plafonnée à 5 mois (article L. 611-6 du Code de commerce). Un dossier bien préparé peut aboutir à une audience de cession en moins de 8 jours après l'ouverture du redressement judiciaire.
Qui peut demander l'ouverture d'un mandat ad hoc pour préparer un prépack ?
Seul le représentant légal de l'entreprise peut saisir le président du tribunal — tribunal de commerce ou tribunal judiciaire selon la nature de l'activité. La demande est confidentielle et unilatérale : ni les créanciers ni les salariés ne sont informés à ce stade. L'entreprise doit être in bonis, c'est-à-dire ne pas encore être en cessation des paiements, pour accéder au mandat ad hoc (article L. 611-3 du Code de commerce).
Le prépack cession est-il confidentiel vis-à-vis des salariés ?
La phase de préparation (mandat ad hoc ou conciliation) est strictement confidentielle : les salariés n'en sont pas informés. En revanche, dès l'ouverture de la procédure collective (redressement ou liquidation judiciaire), le comité social et économique (CSE) doit être consulté sur le projet de cession avant l'audience. Cette consultation est obligatoire sous peine de nullité de la procédure. Le délai est court : le CSE dispose généralement de quelques jours pour rendre son avis.
Combien coûte la procédure et qui paie le mandataire ou conciliateur ?
Les honoraires du mandataire ad hoc ou du conciliateur sont librement négociés entre le dirigeant et le praticien, puis soumis à l'homologation du président du tribunal (article L. 611-14 du Code de commerce). Ils restent à la charge de l'entreprise débitrice. En pratique, comptez entre 5 000 € et 30 000 € selon la taille du dossier et la durée de la mission. Ces frais constituent des créances privilégiées en cas d'ouverture ultérieure d'une procédure collective.
Puis-je choisir moi-même le repreneur pendant la phase de pré-marketing ?
Vous pouvez identifier et approcher des candidats repreneurs, mais le conciliateur ou mandataire ad hoc encadre le processus pour garantir sa régularité. Le tribunal vérifiera que la sélection n'a pas été faite de façon arbitraire ou au détriment des créanciers. En pratique, un processus compétitif — même informel — avec plusieurs offres renforce considérablement la solidité juridique du dossier devant le tribunal. Favoriser un repreneur lié au dirigeant sans transparence expose à un risque de rejet de l'offre à l'audience.
Que se passe-t-il si le tribunal refuse l'offre de reprise préparée en amont ?
Le tribunal n'est jamais lié par l'offre préparée en amont. S'il la refuse, deux scénarios s'ouvrent : soit d'autres offres déposées à l'audience sont retenues, soit la procédure bascule vers une liquidation judiciaire. Le refus est rare lorsque le dossier est solide (offre sérieuse, emplois préservés, prix justifié), mais il arrive — notamment si le tribunal estime que le processus de sélection a manqué de transparence ou que l'offre sous-évalue manifestement les actifs.
Le prépack cession protège-t-il ma responsabilité personnelle en tant que dirigeant ?
Le prépack cession ne constitue pas en lui-même un bouclier contre la responsabilité personnelle du dirigeant. En revanche, agir tôt et de bonne foi — avant la cessation des paiements, avec l'appui d'un conciliateur — réduit le risque de caractérisation d'une faute de gestion. Si la procédure collective est ouverte malgré tout, le mandataire judiciaire examinera la gestion antérieure. Un dossier de prépack bien documenté démontre que vous avez pris les mesures nécessaires sans attendre.
Quelle différence entre un prépack cession et une reprise classique à la barre du tribunal ?
Dans une reprise classique à la barre, l'entreprise est déjà en procédure collective : les offres sont déposées et examinées publiquement, sous forte pression de temps, souvent en quelques semaines. Dans un prépack cession, le repreneur est identifié et l'offre est structurée avant l'ouverture de la procédure, en toute confidentialité. Résultat : moins de perte de valeur (clients, salariés, contrats), une offre mieux calibrée et une audience de cession réduite à une formalité de validation. Le prix obtenu est généralement supérieur.
Sources et références
- Code de commerce, art. L611-7 — Légifrance
- Code de commerce, art. R611-22 — Légifrance
- Code de commerce, art. L642-1 et s. (plan de cession) — Légifrance
- Ordonnance n°2014-326 du 12 mars 2014 portant réforme de la prévention des difficultés des entreprises — Légifrance
- Statistiques sur les défaillances d'entreprises — Banque de France
- Les procédures collectives — Ministère de la Justice