Une SCOP permet aux salariés de reprendre collectivement leur entreprise. La loi Hamon (2014) leur ouvre un droit d'information préalable. Des financements dédiés existent via l'URSCOP et BPI France.
Cette fiche s'adresse aux salariés d'une entreprise en difficulté ou cédée, qui envisagent une reprise collective sous forme de Société Coopérative et Participative. Elle intéresse aussi les délégués du personnel et représentants syndicaux impliqués dans le projet.
Qu'est-ce qu'une SCOP : statut, gouvernance et partage des résultats
Une SCOP (Société Coopérative et Participative) est une entreprise dont les salariés sont les associés majoritaires. Elle peut prendre la forme d'une SARL coopérative ou d'une SA coopérative. Son statut est régi par la loi n° 78-763 du 19 juillet 1978, notamment ses articles L. 19-1 et suivants. Ce cadre légal fixe les règles de gouvernance, de répartition des résultats et de détention du capital.
Le principe fondateur est simple : une personne = une voix. Peu importe le nombre de parts sociales détenues, chaque associé salarié dispose d'une voix égale en assemblée générale. Ce mécanisme empêche qu'un actionnaire minoritaire en capital prenne le contrôle de la structure. Pour qu'une société soit reconnue comme SCOP, les salariés doivent détenir plus de 50 % du capital social et au moins 65 % des droits de vote. Des investisseurs extérieurs peuvent entrer au capital, mais ils restent structurellement minoritaires.
La répartition des excédents annuels obéit à des règles strictes. Trois parts sont obligatoires : une fraction affectée aux réserves impartageables (au moins 15 % des excédents nets), une fraction versée aux salariés sous forme de participation (au moins 25 %), et une fraction distribuée aux associés sous forme de dividendes sur parts sociales. Les réserves impartageables ne peuvent pas être distribuées, même en cas de dissolution : elles renforcent les fonds propres de façon permanente et sécurisent la pérennité de la coopérative.
Les salariés-associés doivent détenir plus de 50 % du capital et au moins 65 % des droits de vote (art. L. 19-1, loi du 19 juillet 1978). En dessous de ces seuils, la société perd son statut SCOP. À titre indicatif, on compte aujourd'hui plus de 700 SCOP issues de transmissions ou reprises d'entreprises en France, selon la Confédération générale des SCOP.
Le droit d'information préalable des salariés issu de la loi Hamon
La loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014, dite loi Hamon, a créé un droit d'information préalable des salariés en cas de cession d'entreprise. Ce droit est codifié aux articles L. 23-10-1 et suivants du Code de commerce. Il s'applique à toutes les PME de moins de 250 salariés, qu'elles soient en bonne santé ou en difficulté. Son objectif : donner aux salariés le temps de monter un projet de reprise, notamment sous forme de SCOP, avant que la cession ne soit conclue.
Concrètement, le chef d'entreprise qui envisage de céder sa société doit en informer ses salariés au moins 2 mois avant la signature de l'acte de cession. Ce délai court à compter de la notification individuelle à chaque salarié. Pendant ces 2 mois, les salariés peuvent formuler une offre de rachat. Le cédant n'est pas obligé de l'accepter : il ne s'agit pas d'un droit de préemption. Il conserve toute liberté de choisir son acquéreur, même si l'offre des salariés est financièrement comparable.
Si le chef d'entreprise cède sans avoir respecté le délai de 2 mois, la cession peut être annulée. Tout salarié peut saisir le tribunal pour demander la nullité de l'acte dans un délai de 2 mois à compter de la publication de la cession ou de la date à laquelle il en a eu connaissance (art. L. 23-10-7 du Code de commerce). Cette sanction est radicale : elle remet les parties dans leur situation initiale.
Certaines situations dispensent le cédant de respecter cette procédure. L'information préalable n'est pas requise lorsque la cession intervient au profit d'un conjoint, d'un ascendant ou d'un descendant, ou lorsqu'une procédure collective est déjà ouverte (sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire). Dans le cadre d'un plan de cession homologué par le tribunal, c'est le mandataire judiciaire qui organise la mise en concurrence des repreneurs : le droit Hamon ne s'applique plus directement, mais rien n'empêche les salariés de se porter candidats.
| Droit d'information préalable (loi Hamon) | Droit de préemption strict | |
|---|---|---|
| Obligation pour le cédant | Informer les salariés 2 mois avant la cession | Proposer la vente en priorité aux salariés |
| Liberté de choix du repreneur | Oui, le cédant reste libre d'accepter ou refuser l'offre | Non, le cédant doit vendre si l'offre est conforme |
| Sanction en cas de non-respect | Nullité de la cession (art. L. 23-10-7 C. com.) | Nullité ou dommages-intérêts selon le régime |
| Cas d'exonération | Cession familiale, procédure collective ouverte | Variable selon le dispositif légal concerné |
| Applicable aux PME de moins de 250 salariés | Oui | Non applicable en droit commun des cessions |
Le financement d'une reprise en SCOP : apports, prêts et dispositifs dédiés
Le premier levier, c'est l'apport des salariés-associés eux-mêmes. Chaque futur associé souscrit des parts sociales dont le montant est librement fixé par les statuts. En pratique, la mise individuelle varie de quelques centaines d'euros à plusieurs dizaines de milliers selon la taille de la cible. Cet apport collectif constitue le capital social de départ : il est souvent modeste, mais il démontre l'engagement du groupe aux yeux des financeurs extérieurs.
Les Unions Régionales des SCOP (URSCOP) proposent des prêts participatifs spécifiquement conçus pour les reprises. Ces prêts peuvent atteindre, selon les estimations, jusqu'à 50 000 € par salarié-associé. Ils sont subordonnés aux dettes bancaires classiques, ce qui les assimile à des quasi-fonds propres : les banques y voient une sécurité supplémentaire. BPI France peut compléter le dispositif en garantissant jusqu'à 70 % du prêt bancaire, réduisant ainsi le risque pour l'établissement prêteur et facilitant l'accès au crédit.
D'autres ressources viennent étoffer le montage. Le dispositif NACRE (Nouvel Accompagnement pour la Création et la Reprise d'Entreprise) permet à certains associés éligibles d'obtenir un prêt à taux zéro couplé à un accompagnement. Les collectivités territoriales — régions, intercommunalités — peuvent accorder des subventions ou des avances remboursables, notamment lorsque la reprise préserve des emplois sur leur territoire. Enfin, certaines SCOP ont recours au financement participatif (crowdfunding) ou à des fondations pour compléter leur tour de table. Du côté du cédant, une exonération partielle des plus-values de cession est possible sous conditions, notamment lorsque la cession s'inscrit dans le cadre d'un départ à la retraite (article 150-0 D ter du CGI) : cela peut faciliter la négociation du prix.
Les Unions Régionales des SCOP offrent un accompagnement gratuit au montage financier et juridique. Elles disposent aussi de fonds propres à mobiliser rapidement. Trouver votre URSCOP sur les-scop.coop : le premier rendez-vous est sans engagement.
Le calendrier de reprise : de l'information préalable à la prise de contrôle
Une reprise en SCOP ne s'improvise pas. Entre le déclenchement du droit d'information et la prise de contrôle effective, comptez en moyenne 6 à 18 mois selon la complexité de l'entreprise, son niveau d'endettement et la procédure en cours. En redressement judiciaire, le cadre est plus contraint : l'article L. 631-13 du Code de commerce impose que les offres de reprise soient déposées dans les délais fixés par le tribunal, souvent très courts. Mieux vaut donc anticiper chaque étape.
Le processus suit une logique séquentielle. D'abord, les salariés sont informés de la cession envisagée — c'est le point de départ légal. Ils disposent alors d'un délai pour se constituer en groupe de repreneurs et solliciter l'accompagnement de leur Union Régionale des SCOP (URSCOP). Vient ensuite la phase de montage : statuts, pacte d'associés, plan de financement, négociation avec le cédant ou le mandataire judiciaire. La SCOP est immatriculée avant la signature de la cession. La prise de contrôle effective intervient à la date de transfert de propriété des titres ou des actifs.
Déclenchement du droit d'information
JLe chef d'entreprise ou le mandataire informe les salariés de la cession envisagée. Le délai légal de réponse court à partir de cette notification.
Constitution du groupe de repreneurs
J + 2 à 4 semainesLes salariés intéressés se regroupent, désignent un ou plusieurs porteurs de projet et contactent l'URSCOP de leur région pour un premier diagnostic.
Accompagnement et montage du projet
2 à 6 moisL'URSCOP aide à structurer la gouvernance, rédiger les statuts et bâtir le plan de financement. Des experts-comptables et avocats spécialisés interviennent à ce stade.
Dépôt de l'offre et négociation
Variable selon procédureL'offre est remise au cédant ou, en redressement judiciaire, au mandataire et au tribunal dans les délais fixés par ordonnance (art. L. 631-13 C. com.). La négociation porte sur le prix, les conditions de reprise et le maintien des emplois.
Immatriculation de la SCOP
Avant la signature de cessionLa société coopérative est immatriculée au RCS. Les apports des salariés-associés sont libérés. Les financements complémentaires (prêts SCOP, subventions) sont mobilisés.
Prise de contrôle effective
J + 6 à 18 moisLa cession est signée. La SCOP devient propriétaire des titres ou des actifs repris. Les salariés-associés exercent leurs droits de vote dès la première assemblée générale.
En cas de redressement judiciaire, le calendrier est imposé par le tribunal. Les délais sont souvent de quelques semaines seulement entre l'appel d'offres et le dépôt des offres. Un groupe de repreneurs qui n'a pas anticipé le montage juridique et financier en amont ne peut pas tenir ces délais. Contacter l'URSCOP dès les premiers signaux de difficulté de l'entreprise — avant même l'ouverture de la procédure — est souvent décisif.
Les Unions Régionales des SCOP proposent un accompagnement gratuit dès la phase d'étude de faisabilité. Elles peuvent intervenir en quelques jours pour évaluer la viabilité du projet et aider à structurer l'offre. Retrouvez votre URSCOP sur les-scop.coop. En 2024-2025, autour de 200 SCOP de transformation ont été créées chaque année en France, dont une part significative issue de reprises en situation de difficulté.
Cas concrets : des SCOP nées de reprises d'entreprises en difficulté
La reprise en SCOP n'est pas une théorie. Plusieurs entreprises françaises, au bord de la liquidation, ont été sauvées par leurs salariés sous cette forme. Les exemples ci-dessous montrent ce qui a fonctionné — et ce qui a échoué.
Plus récemment, la vague de défaillances enregistrée en 2024-2025 — autour de 65 000 procédures ouvertes en 2024 selon les estimations BPI/Banque de France — a remis la reprise en SCOP sur l'agenda social. Plusieurs dossiers dans l'imprimerie, le textile et la métallurgie ont donné lieu à des projets coopératifs, parfois aboutis, parfois concurrencés par des fonds de retournement.
Les facteurs qui font la différence entre succès et échec sont identifiables. Un projet SCOP réussit quand les salariés porteurs sont identifiés tôt, quand un accompagnement par l'Union régionale des SCOP est activé dès l'ouverture de la procédure, et quand le plan de financement combine apports salariés, prêt participatif SOCODEN et, si possible, soutien d'une collectivité locale. Il échoue quand le projet arrive trop tard dans la procédure ou quand les fonds propres restent insuffisants face à un concurrent mieux capitalisé.
Selon la Confédération générale des SCOP (CG SCOP), environ 200 nouvelles SCOP voient le jour chaque année en France. Une partie significative est issue de reprises d'entreprises existantes — en difficulté ou en transmission — plutôt que de créations ex nihilo. Ce chiffre reste stable depuis plusieurs années, malgré les cycles économiques.
Questions fréquentes
Combien de salariés faut-il minimum pour créer une SCOP ?
La loi fixe un minimum de 2 associés pour constituer une SCOP sous forme de SARL, et de 7 associés sous forme de SA (article L247-1 du Code de la coopération). En pratique, la plupart des reprises collectives réunissent entre 5 et 15 salariés-associés fondateurs. Les autres salariés de l'entreprise reprise peuvent intégrer la SCOP progressivement, sans être associés dès le départ.
Quel est le montant minimum d'apport par salarié-associé ?
Aucun montant légal minimum n'est imposé par salarié. Le capital social global de la SCOP doit simplement respecter les seuils du droit commun : 1 € symbolique pour une SARL, 37 000 € pour une SA. En pratique, CG Scop recommande un apport individuel réaliste, souvent entre 1 000 € et 5 000 € par associé, complété par des financements externes (prêt participatif, subventions régionales). L'apport personnel reste le signal de crédibilité vis-à-vis des banques.
Le droit d'information s'applique-t-il si l'entreprise est déjà en redressement judiciaire ?
Non. Le droit d'information préalable des salariés (articles L23-10-1 et suivants du Code de commerce) s'applique uniquement lors d'une cession volontaire hors procédure collective. Dès l'ouverture d'un redressement judiciaire, c'est le tribunal qui organise la cession dans le cadre du plan de cession. Les salariés peuvent néanmoins déposer une offre de reprise auprès de l'administrateur judiciaire, au même titre que tout repreneur tiers.
Combien de temps prend une reprise en SCOP de A à Z ?
Comptez en moyenne 6 à 18 mois selon la complexité de l'entreprise. Les grandes étapes : 2 à 3 mois pour structurer le projet et réaliser le diagnostic, 3 à 6 mois pour monter le plan de financement et négocier avec le cédant, puis 1 à 3 mois pour les formalités juridiques de constitution. En cas de plan de cession judiciaire, le calendrier est imposé par le tribunal et peut être plus court.
Les salariés non-associés peuvent-ils rester dans la SCOP après la reprise ?
Oui. Une SCOP peut employer des salariés non-associés, mais leur nombre est encadré : ils ne peuvent pas représenter plus de 49 % des effectifs sur une période prolongée. Chaque salarié non-associé doit se voir proposer de devenir associé dans un délai maximal de 2 ans après son embauche. S'il refuse, il conserve son poste mais sans droits de vote ni participation aux bénéfices réservés aux associés.
Que se passe-t-il si le cédant refuse l'offre des salariés ?
Dans le cadre du droit d'information (hors procédure collective), le cédant est libre de refuser l'offre des salariés : aucune obligation de vendre ne lui est imposée. La loi Hamon de 2014 impose uniquement d'informer les salariés et d'examiner leur offre de bonne foi. En revanche, si le cédant cède à un tiers sans avoir respecté le délai d'information de 2 mois, la cession est nulle (article L23-10-7 du Code de commerce).
Quelles aides fiscales ou sociales sont réservées aux SCOP ?
Les SCOP bénéficient de plusieurs avantages spécifiques :
- Exonération partielle d'IS sur la part des bénéfices affectée aux réserves impartageables (article 214 du CGI).
- Les parts sociales souscrites par les salariés ouvrent droit à une réduction d'impôt sur le revenu de 25 % dans la limite de 5 000 € (célibataire) ou 10 000 € (couple).
- Accès au prêt participatif de développement via BpiFrance et aux fonds régionaux dédiés à l'ESS.
Qui contacter en premier pour lancer un projet de reprise en SCOP ?
Le premier interlocuteur est la CG Scop (Confédération Générale des Scop), via son réseau régional d'unions territoriales. Un conseiller réalise gratuitement un premier diagnostic de faisabilité. En parallèle, contactez votre chambre de commerce et d'industrie (CCI) locale et le dispositif Transméa si vous êtes en région Auvergne-Rhône-Alpes. Pour les entreprises en procédure collective, prenez contact directement avec l'administrateur judiciaire désigné par le tribunal.
Sources et références
- Loi n° 78-763 du 19 juillet 1978 portant statut des sociétés coopératives de production — Légifrance
- Code de commerce, art. L. 23-10-1 à L. 23-10-12 (droit d'information préalable, loi Hamon) — Légifrance
- Code de commerce, art. L. 631-13 (plan de cession en redressement judiciaire) — Légifrance
- Loi n° 2014-856 du 31 juillet 2014 relative à l'économie sociale et solidaire (loi Hamon) — Légifrance
- BPI France — Garanties et financements pour la reprise d'entreprise
- CG SCOP — Chiffres clés du mouvement coopératif