Statistiques

Auvergne-Rhône-Alpes : 237 procédures ouvertes au 3e trimestre 2026

En trente jours, 237 nouvelles procédures collectives ont été ouvertes en Auvergne-Rhône-Alpes, avec l'Isère et le Rhône en tête, selon les données BODACC.

237 ouvertures de procédures collectives en trente jours. C'est le volume enregistré en Auvergne-Rhône-Alpes sur la dernière fenêtre d'observation disponible, selon les données officielles BODACC. Derrière ce chiffre, une répartition très inégale entre départements, une prédominance écrasante des liquidations judiciaires — 168 sur 237, soit 71 % des ouvertures — et des secteurs qui reviennent systématiquement dans les annonces légales : la restauration, le bâtiment, l'automobile. Le redressement judiciaire représente 63 dossiers, la sauvegarde seulement 6, ce qui témoigne d'une situation où les entreprises arrivent souvent devant le tribunal sans marge de manœuvre suffisante pour envisager une restructuration.

Bruno Da Silva, président du tribunal des activités économiques de Lyon, confirme cette tendance dans une déclaration rapportée par France 3 Auvergne-Rhône-Alpes : « 2026 n'est pas une bonne année pour les PME » en Auvergne-Rhône-Alpes. Ce constat de terrain recoupe les volumes BODACC et donne une lecture humaine à une statistique qui pourrait sembler abstraite.

La carte des procédures : Isère et Rhône concentrent la moitié du volume régional

Département Ouvertures (30 j) Part régionale Procédure dominante
Isère (38) 59 24,9 % Liquidation judiciaire
Rhône (69) 56 23,6 % Liquidation judiciaire
Ardèche (07) 38 16,0 % Liquidation judiciaire
Ain (01) 29 12,2 % Liquidation judiciaire
Loire (42) 18 7,6 % Liquidation judiciaire
Savoie (73) 15 6,3 % Liquidation judiciaire
Allier (03) 13 5,5 % Liquidation judiciaire
Cantal (15) 6 2,5 % Liquidation judiciaire
Haute-Savoie (74) 3 1,3 % Liquidation judiciaire

L'Isère et le Rhône totalisent à eux seuls 115 ouvertures, soit près de la moitié du volume régional. Grenoble et Lyon concentrent logiquement l'essentiel des flux, en lien avec leur poids démographique et la densité du tissu d'entreprises. Mais le chiffre ardéchois mérite attention : avec 38 procédures, l'Ardèche représente 16 % des ouvertures régionales, un ratio élevé rapporté à la taille de son tissu économique. Le site mesinfos.fr recense d'ailleurs une annonce légale en Isère concernant la SCI LE VERT GALANT, dont les comptes de liquidation seront déposés au tribunal de commerce de Grenoble — illustration parmi d'autres de l'activité soutenue des greffes isérois sur la période.

À l'autre extrémité du spectre, la Haute-Savoie affiche seulement 3 ouvertures sur trente jours. Cet écart avec l'Isère voisine — vingt fois moins de procédures pour un département au tissu économique pourtant dense — constitue l'une des anomalies les plus frappantes de ce baromètre. Il peut s'expliquer par un décalage de calendrier dans les publications BODACC, ou par une concentration des procédures sur des périodes différentes, mais aucune source disponible ne permet de trancher.

Les secteurs qui décrochent : restauration, bâtiment, automobile

La restauration traditionnelle arrive en tête des secteurs les plus touchés avec 6 ouvertures sur la période, devant la restauration rapide (4). Ensemble, ces deux branches de la filière représentent 10 des 237 procédures régionales. Ce n'est pas un hasard de calendrier : le troisième trimestre couvre la saison estivale, période où les établissements de bouche encaissent simultanément les charges de personnel saisonniers et les loyers commerciaux, parfois sans que le chiffre d'affaires estival suffise à couvrir les dettes accumulées hors saison.

Le bâtiment apparaît sous un angle précis : les travaux de plâtrerie comptabilisent 3 ouvertures, ce qui en fait l'un des corps de métier les plus représentés dans les données BODACC. Ce segment, composé majoritairement de TPE et d'artisans, est particulièrement exposé aux retards de paiement en cascade sur les chantiers. Mesinfos.fr signale par ailleurs une annonce légale concernant ANVELYS dans le Rhône (69), dont les comptes de liquidation ont été déposés au tribunal de commerce — sans que la source précise le secteur d'activité de cette société.

L'automobile concentre deux filières distinctes dans les données : le commerce de voitures et de véhicules légers (3 procédures) et l'entretien et réparation de véhicules légers (3 procédures également). Six ouvertures au total pour une filière qui couvre à la fois la distribution et la maintenance. France Reprises signale la liquidation judiciaire de MAISON ROLLIER, localisée à Messimy en Auvergne-Rhône-Alpes, active dans le commerce de gros de fournitures et équipements divers (code NAF 46.69C) — une activité de négoce intermédiaire entre fournisseurs et professionnels, distincte du commerce de détail automobile mais symptomatique de la pression qui traverse l'ensemble des réseaux de distribution.

Le transport routier s'invite également dans le tableau régional. France Reprises recense la liquidation judiciaire de TRANSPORTS EUROMULTIWAY, basée à Clermont-Ferrand, en procédure depuis le 9 juin 2026. Le site jesuisrepreneur.fr rappelle que le transport routier de marchandises constitue le deuxième secteur en nombre de procédures collectives au niveau national, après le commerce — une hiérarchie sectorielle qui se retrouve, au moins partiellement, dans les données régionales.

La boulangerie et boulangerie-pâtisserie complète le tableau avec 3 ouvertures. Ce secteur artisanal, soumis à des charges d'exploitation fixes élevées, figure régulièrement dans les statistiques de défaillances. Dans la Loire (42), mesinfos.fr signale la mise en liquidation amiable de MEMPHIS CUT — une cessation d'activité qui, bien que relevant d'une procédure conventionnelle et non judiciaire, illustre la fragilité du tissu de TPE sur ce département.

Les zones qui résistent : Haute-Savoie et Savoie en retrait des statistiques

Avec respectivement 3 et 15 ouvertures, la Haute-Savoie et la Savoie présentent les volumes les plus bas de la région après le Cantal. Pour la Haute-Savoie, l'écart avec les départements métropolitains de la région est tel qu'il appelle une lecture prudente : soit le tissu économique haut-savoyard résiste effectivement mieux, soit la fenêtre d'observation de trente jours ne capture pas l'ensemble des procédures ouvertes sur le trimestre. Les données BODACC disponibles ne permettent pas de distinguer ces deux hypothèses.

La Savoie, avec 15 procédures, se situe dans une position intermédiaire. Son économie, fortement orientée vers le tourisme de montagne, connaît un creux saisonnier marqué au troisième trimestre — entre la fin de la saison estivale et l'ouverture des stations hivernales. Ce calendrier particulier peut décaler le moment où les difficultés de trésorerie se traduisent en dépôts de bilan, sans que les sources disponibles permettent de quantifier cet effet.

Une lecture régionale : 237 ouvertures, mais quelle base de comparaison ?

Le chiffre de 237 ouvertures en trente jours appelle une mise en perspective que les données BODACC internes permettent partiellement : la période précédente affichait 819 ouvertures, soit une chute de 71 % d'une fenêtre à l'autre. Un tel écart ne s'explique pas par une amélioration soudaine de la conjoncture régionale — il traduit vraisemblablement un effet de calendrier, les tribunaux de commerce fonctionnant à rythme réduit en juillet-août, avec un rattrapage partiel en septembre. Les 758 annonces BODACC toutes natures confondues sur la même période — clôtures, actes de procédure, jugements intermédiaires — montrent que l'activité judiciaire reste dense, même si les nouvelles ouvertures ralentissent.

France 3 Auvergne-Rhône-Alpes rapporte que Bruno Da Silva, à la tête du tribunal des activités économiques de Lyon, confirme que les PME de la région traversent une mauvaise année. Cette appréciation qualitative, portée par le premier tribunal de commerce de la région par volume de dossiers, donne un ancrage concret à la statistique : derrière les 237 ouvertures, ce sont des dirigeants, des salariés et des créanciers qui se présentent devant les audiences. Le tribunal de commerce de Grenoble, cité par mesinfos.fr dans plusieurs annonces légales isèroises, traite de son côté un flux soutenu de dossiers, cohérent avec les 59 ouvertures enregistrées dans le département.

Sur les 237 procédures ouvertes, la prochaine échéance observable est le dépôt des comptes de liquidation au greffe du tribunal de commerce de Grenoble pour SCI LE VERT GALANT, mentionné sans date précise par mesinfos.fr. Pour TRANSPORTS EUROMULTIWAY à Clermont-Ferrand, la procédure est ouverte depuis le 9 juin 2026 — soit plus de trois mois au moment de la publication de cette analyse, sans qu'une audience de clôture soit signalée dans les sources disponibles.