Cinq cent deux. C'est le nombre de procédures collectives ouvertes en Nouvelle-Aquitaine sur les trente derniers jours selon les données BODACC internes — 362 liquidations judiciaires, 124 redressements judiciaires et 16 sauvegardes. Ce volume dépasse de 31 % celui enregistré lors des trente jours précédents, qui s'établissait à 382 ouvertures. Un écart de cette ampleur, en une seule période glissante, signale une accélération brutale des cessations de paiement dans la région.
Le commerce de détail n'est pas le secteur le plus touché en nombre absolu — la restauration traditionnelle (20 ouvertures) et la restauration rapide (15) le précèdent dans le classement sectoriel BODACC. Mais avec 12 ouvertures de procédures pour le seul commerce d'habillement en magasin spécialisé, la branche s'installe durablement dans le peloton de tête des défaillances régionales. Et les cas concrets qui remontent des sources locales dessinent un tissu fragilisé, des Pyrénées-Atlantiques aux Landes en passant par la Vienne et la Charente.
La Gironde concentre un tiers des procédures régionales
La ventilation départementale révèle une géographie des défaillances très inégale. La Gironde totalise à elle seule 165 ouvertures sur la période — soit 33 % du total régional pour un département qui pèse environ 25 % de la population de Nouvelle-Aquitaine. Cet écart entre poids démographique et poids des procédures mérite attention : il traduit une concentration des entreprises commerciales, et donc une exposition plus forte aux retournements de conjoncture.
| Département | Code | Ouvertures (30 j) | Part du total régional |
|---|---|---|---|
| Gironde | 33 | 165 | 33 % |
| Charente-Maritime | 17 | 56 | 11 % |
| Pyrénées-Atlantiques | 64 | 49 | 10 % |
| Charente | 16 | 43 | 9 % |
| Landes | 40 | 41 | 8 % |
| Deux-Sèvres | 79 | 28 | 6 % |
| Haute-Vienne | 87 | 28 | 6 % |
| Dordogne | 24 | 27 | 5 % |
| Lot-et-Garonne | 47 | 23 | 5 % |
| Vienne | 86 | 22 | 4 % |
| Corrèze | 19 | 20 | 4 % |
La Charente-Maritime (56 ouvertures) et les Pyrénées-Atlantiques (49) forment le deuxième groupe. Deux territoires à forte activité touristique et commerciale saisonnière, ce qui rend septembre — fin de saison haute — une période de vérité pour les trésoreries tendues. La Charente (43 ouvertures) et les Landes (41) complètent un quatuor de départements qui, ensemble, représentent 37 % des procédures régionales hors Gironde.
Cyclable Bayonne, A.V. Matériel, Losétia : des enseignes qui cèdent
Derrière les statistiques, des noms. Le groupe Groupe Cyclable — spécialisé dans le commerce de cycles — a engagé 19 procédures pour 19 sociétés, selon faillitetracker.com. Parmi elles, Cyclable Bayonne (SIREN 834647331), filiale implantée à Bayonne (64100) dans les Pyrénées-Atlantiques, a été placée en liquidation judiciaire le 2 avril 2026. L'établissement employait 1 salarié selon les données disponibles. Le cas illustre un mécanisme fréquent dans le commerce spécialisé : une enseigne nationale en difficulté entraîne dans sa chute ses filiales locales, quelles que soient leurs performances propres.
À Saintes, en Charente-Maritime, la société A.V. Matériel a été placée en liquidation judiciaire par jugement du tribunal de commerce de Saintes le 5 février 2026, annonce publiée au BODACC à la même date, selon France Reprises. Son chiffre d'affaires est mentionné dans la source sans que le montant complet soit précisé — mais la procédure est close par une liquidation directe, sans phase de redressement, ce qui signale une situation sans issue de continuation identifiée.
Dans les Landes, à Mimizan (40200), la SARL Losétia — commerce de détail d'habillement en magasin spécialisé — a fait l'objet d'un jugement prononçant la liquidation judiciaire, avec une date de cessation des paiements fixée au 1er juin 2026, selon repreneurs.com. Ce décalage entre la date de cessation des paiements et celle du jugement est courant : il indique que la société a continué à opérer plusieurs semaines après avoir cessé d'honorer ses dettes, ce qui aggrave généralement la situation des créanciers. L'habillement, rappelons-le, est le sous-secteur du commerce de détail le plus représenté dans les ouvertures BODACC régionales sur la période.
À Poitiers (86000), la société TH86 a été placée en liquidation judiciaire simplifiée, avec une date de cessation des paiements au 30 juin 2026, le liquidateur désigné étant la Selarl Ekip', selon repreneurs.com. La procédure simplifiée, réservée aux structures de petite taille sans actif immobilier significatif, confirme le profil dominant des défaillants commerciaux régionaux : des TPE à faible surface financière, pour lesquelles le redressement n'est pas une option réaliste.
En Gironde, la source Pappers signale une liquidation judiciaire prononcée le 23 septembre 2026 dans le secteur « commerce de détail, à l'exception des automobiles et des motocycles », avec au moins un salarié concerné. La société Bordeaux Credits apparaît dans ce classement des entreprises défaillantes girondines, témoignant de la diversité des activités touchées au sein de la branche.
La Charente, enfin, n'est pas en reste : selon doctrine.fr, un jugement d'ouverture de liquidation judiciaire a été rendu le 17 septembre 2026 pour une activité de commerce de détail de viandes et de produits à base de viande en magasin spécialisé — un sous-secteur alimentaire de proximité, généralement considéré comme plus résistant que l'habillement ou les cycles.
L'habillement spécialisé, premier sous-secteur commercial en procédure
Avec 12 ouvertures de procédures recensées par le BODACC sur la période, le commerce d'habillement en magasin spécialisé se distingue comme la branche commerciale la plus exposée de Nouvelle-Aquitaine en septembre 2026. Ce chiffre place ce sous-secteur au quatrième rang toutes activités confondues, derrière la restauration traditionnelle (20), les structures sans activité déclarée (15) et la restauration rapide (15) — mais devant les travaux de maçonnerie (9) et les sièges sociaux (7).
La conjonction de cas observée dans les sources — Losétia à Mimizan dans l'habillement, Cyclable Bayonne dans les cycles, une boucherie-charcuterie en Charente — dessine un commerce de détail spécialisé sous pression dans ses segments les plus divers. Ce n'est pas un secteur unique qui vacille : c'est l'ensemble du commerce non alimentaire de proximité qui accumule les procédures, des Landes à la Charente en passant par les Pyrénées-Atlantiques.
La proportion de liquidations directes dans le total régional mérite d'être soulignée : 362 liquidations pour 124 redressements, soit un ratio de près de trois liquidations pour un redressement. Ce déséquilibre indique que, pour la grande majorité des dossiers, les tribunaux de commerce ne voient pas de plan de continuation viable — ou que les entreprises arrivent devant eux dans un état financier trop dégradé pour envisager une restructuration. Les 16 sauvegardes, procédure préventive déclenchée avant la cessation des paiements, restent marginales : elles représentent à peine 3 % des ouvertures, ce qui suggère que peu d'acteurs commerciaux régionaux anticipent leurs difficultés assez tôt pour activer ce dispositif.
Un signal fort dans les chiffres de clôture
Au-delà des seules ouvertures, le BODACC enregistre 1 416 annonces toutes natures confondues sur trente jours en Nouvelle-Aquitaine — clôtures de procédures, actes de procédure, jugements intermédiaires compris. Ce volume, sans être directement comparable aux 502 ouvertures, témoigne d'une activité judiciaire commerciale intense dans la région : les tribunaux traitent simultanément un flux entrant élevé et un stock de dossiers en cours qui génère lui-même un nombre important d'actes.
Le bond de +31 % des ouvertures par rapport à la période précédente — de 382 à 502 — reste le signal le plus lisible. Sur une base mensuelle, un tel écart ne relève pas d'une fluctuation statistique ordinaire. Il traduit une vague de cessations de paiement qui touche des entreprises dont les difficultés se sont accumulées au fil des mois précédents et qui arrivent simultanément devant les juridictions commerciales.
La prochaine audience de référence pour plusieurs dossiers en cours — dont celui de TH86 à Poitiers, avec la Selarl Ekip' comme liquidateur désigné — permettra de mesurer si le rythme des ouvertures se stabilise ou poursuit sa progression dans les semaines à venir.