Fifteen cents quatre-vingt-douze. C'est le nombre de procédures collectives enregistrées sur le BODACC en Provence-Alpes-Côte d'Azur sur les trente derniers jours. Un volume qui place la région parmi les territoires les plus exposés de France à la vague de défaillances du deuxième trimestre 2026. Derrière ce chiffre brut, plusieurs cas identifiables — dans la construction, la restauration, l'industrie — dessinent un tissu économique sous tension sur des secteurs très différents les uns des autres.
Top 4 des défaillances marquantes en Provence-Alpes-Côte d'Azur — 2e trimestre 2026
| Rang | Entreprise | Secteur | Localisation / Tribunal | Procédure | Date |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Fibre Excellence | Industrie / Papier-fibre | Bouches-du-Rhône | Redressement judiciaire | 27 avril 2026 |
| 2 | CNR Construction | Construction | PACA (Crédit Agricole Provence Côte d'Azur) | Redressement judiciaire (19/01/2026 – 23/03/2026) | Janvier–mars 2026 |
| 3 | Gamba | Non précisé | PACA (acheteur : Région PACA) | Redressement judiciaire | 2026 (trimestre en cours) |
| 4 | Restauration traditionnelle (multiple établissements) | Restauration | Provence-Alpes-Côte d'Azur | Sauvegarde / Redressement / Liquidation | Mai 2026 |
Fibre Excellence dans les Bouches-du-Rhône : une offre de reprise in extremis
C'est le cas le plus saillant du trimestre en région. Fibre Excellence, groupe industriel dont deux sites sont implantés dans les Bouches-du-Rhône, a été placé en redressement judiciaire le 27 avril 2026, selon TV5 Monde. La situation a basculé à la fin mai : une offre de reprise a été déposée in extremis par le président du groupe lui-même, rapporte la même source. Ce scénario — un dirigeant qui rachète sa propre société en procédure — est rare et témoigne d'une volonté de préserver l'outil industriel plutôt que de le liquider. Deux sites sont décrits comme menacés dans les Bouches-du-Rhône, ce qui expose directement des emplois locaux à l'issue de cette procédure. La date d'audience n'est pas précisée dans les sources disponibles, mais l'offre déposée in extremis suggère une décision imminente du tribunal.
CNR Construction : un redressement soldé, une question ouverte
La société CNR Construction a traversé une procédure de redressement judiciaire ouverte le 19 janvier 2026 et close le 23 mars 2026, selon les données Pappers. La Caisse Régionale de Crédit Agricole Mutuel Provence Côte d'Azur figure parmi les acteurs mentionnés dans le dossier. La brièveté de la procédure — moins de deux mois entre l'ouverture et la clôture — peut signifier un plan de continuation adopté rapidement, ou une conversion en liquidation. Les sources disponibles ne permettent pas de trancher. Ce cas illustre néanmoins la pression qui s'exerce sur la filière bâtiment dans la région, secteur qui concentre traditionnellement une part élevée des procédures collectives en PACA.
Gamba : quand la Région PACA devient acheteur
Le cas de la société Gamba, identifiée sur Pappers, présente une particularité : la Région Provence-Alpes-Côte d'Azur (Conseil Régional PACA) apparaît comme acheteur dans le cadre d'une procédure de redressement judiciaire. L'intervention d'une collectivité régionale comme repreneur potentiel d'une entreprise en difficulté est un signal fort — elle traduit soit un intérêt stratégique pour l'activité concernée, soit une volonté de préserver des emplois sur un bassin donné. La nature exacte de l'activité de Gamba et la ville concernée ne sont pas précisées dans les sources fournies, ce qui limite l'analyse. Ce cas reste néanmoins notable : il montre que la puissance publique régionale s'implique directement dans la gestion des défaillances, au-delà du seul rôle d'observateur.
La restauration, secteur le plus représenté dans les procédures régionales
La plateforme Repreneurs.com recense, au 24 mai 2026, une liste d'établissements de restauration traditionnelle en Provence-Alpes-Côte d'Azur sous procédure collective — sauvegarde, redressement ou liquidation judiciaire. Sans détailler chaque enseigne, le volume de ces annonces confirme que la filière hôtels-cafés-restaurants reste l'une des plus touchées dans la région. La multiplicité des procédures dans ce secteur, à cette période de l'année — à quelques semaines de la haute saison estivale — soulève une question concrète pour les créanciers et sous-traitants locaux : une liquidation prononcée en juin prive un établissement de la période la plus rentable de l'année, réduisant d'autant les actifs récupérables.
Ce que ce palmarès révèle du tissu économique de PACA
Trois secteurs distincts — industrie lourde, construction, restauration — figurent dans ce palmarès trimestriel. Cette diversité est en elle-même un signal : la pression sur les entreprises régionales ne se concentre pas sur une seule filière, mais traverse des activités aux modèles économiques très différents. Fibre Excellence représente l'industrie à forte intensité capitalistique, avec des sites de production implantés dans les Bouches-du-Rhône. CNR Construction incarne la fragilité persistante du bâtiment, secteur où les délais de paiement longs et les marges comprimées rendent les trésoreries vulnérables aux aléas de chantier. La restauration, elle, cumule des coûts de main-d'œuvre élevés et une demande volatile.
Le chiffre de 1 592 procédures en trente jours sur le BODACC régional donne la mesure du phénomène. À titre de comparaison, le poste Facebook d'une source économique nationale évoquait près de 19 000 défaillances au 1er trimestre 2026 pour l'ensemble du territoire français — ce qui, ramené à une base mensuelle, situe la part de PACA à un niveau significatif, même si les périmètres (30 jours vs trimestre, procédures vs jugements d'ouverture) ne sont pas strictement comparables. La prudence s'impose sur ce rapprochement, mais l'ordre de grandeur mérite attention.
La présence de la Région PACA comme acheteur dans le dossier Gamba, et l'offre de reprise interne chez Fibre Excellence, dessinent deux réponses opposées à la défaillance : l'une portée par la puissance publique, l'autre par l'initiative privée du dirigeant lui-même. Entre ces deux pôles, les établissements de restauration en procédure attendent, eux, un repreneur que la plateforme Actify recense parmi les actifs à céder — avec des délais d'offre serrés, certains fixés au 10 juin 2026 selon les annonces consultées.
Sur le trimestre précédent, les sources disponibles ne fournissent pas de chiffre régional comparable permettant d'établir une évolution précise du nombre de procédures en PACA entre le 1er et le 2e trimestre 2026. Le volume de 1 592 procédures sur trente jours constitue, à ce stade, la donnée de référence observable pour la période en cours.