Cent soixante-trois procédures collectives ouvertes en trente jours. C'est le signal que livrent les données BODACC pour le Grand Est au troisième trimestre 2026 — un niveau en hausse de 18 % par rapport aux trente jours précédents, qui en comptaient 138. Derrière ce chiffre brut, une réalité plus sévère encore : 124 de ces ouvertures sont des liquidations judiciaires, contre 38 redressements et une seule sauvegarde. Autrement dit, dans près de huit cas sur dix, la procédure signe la fin de l'activité, non une tentative de rebond.
Top 6 des défaillances marquantes en Grand Est — 3e trimestre 2026
| Entreprise | Procédure | Date | Département | Secteur |
|---|---|---|---|---|
| Ardennutris | Redressement judiciaire | Juillet 2026 | Ardennes (08) — Rethel | Agroalimentaire / insectes |
| NOLEMA | Liquidation judiciaire | 15/09/2026 | Grand Est (département non précisé) | Transports terrestres |
| OXYGENE NUMERIQUE | Liquidation judiciaire | 10/09/2026 | Meurthe-et-Moselle (54) — Ludres | Numérique / services |
| Entreprise des Vosges | Procédure collective | Septembre 2026 | Vosges (88) | Travaux (BTP) |
| Commerce automobile (×5) | Liquidations judiciaires | 30 j — T3 2026 | Grand Est | Commerce de véhicules légers |
| Restauration rapide (×5) | Liquidations judiciaires | 30 j — T3 2026 | Grand Est | Restauration de type rapide |
Ardennutris, NOLEMA, Oxygène Numérique : trois cas, trois trajectoires
Ardennutris, exploitant du site ardennais d'Agronutris à Rethel, a été placé en redressement judiciaire en juillet 2026, rapporte Le Journal des Entreprises. La procédure intervient dans un contexte déjà fragilisé : selon Les Échos, Agronutris et la Compagnie des insectes figuraient parmi les entreprises évoquées lors de la signature, le 7 septembre 2026 en Grand Est, de la charte nationale sur la prévention des défaillances. Rethel, dans les Ardennes — département qui enregistre 16 ouvertures sur trente jours selon le BODACC —, voit ainsi l'un de ses opérateurs industriels les plus emblématiques engager une course contre la montre pour trouver un repreneur ou un plan de continuation.
NOLEMA, entreprise de transports terrestres placée en liquidation judiciaire le 15 septembre 2026, présente un profil atypique dans ce palmarès : entre 100 et 199 salariés, selon Pappers, et un résultat net négatif de 343 907 euros. C'est l'une des rares procédures du trimestre à dépasser le seuil de la centaine d'emplois directs. Une liquidation à cette échelle ne se solde pas uniquement par la fermeture d'un bilan ; elle génère une onde de choc sur les sous-traitants et les donneurs d'ordre de la filière logistique régionale.
Oxygène Numérique, liquidée le 10 septembre 2026, est localisée à Ludres, en Meurthe-et-Moselle, selon France Reprises. Le département concentre à lui seul 47 ouvertures sur trente jours — le chiffre le plus élevé de la région —, soit près de 29 % du total régional. La cessation d'activité d'un opérateur numérique dans ce bassin mérite d'être lue en regard de cette densité : Ludres, dans la périphérie de Nancy, appartient à un tissu économique où la pression des procédures est actuellement la plus forte du Grand Est.
Ce que ce palmarès révèle du Grand Est
La ventilation départementale des données BODACC dessine une géographie des fragilités que le seul total régional masque. Meurthe-et-Moselle (47 ouvertures) et Marne (45) totalisent à elles deux 92 procédures, soit 56 % du volume régional. Vosges (27), Aube (18), Ardennes (16) et Haute-Marne (10) complètent le tableau, avec des niveaux plus contenus mais non négligeables au regard de la taille de ces territoires.
La structure sectorielle des défaillances révèle une concentration sur deux filières en apparence opposées : le commerce de véhicules automobiles légers et la restauration rapide partagent chacun cinq ouvertures sur trente jours, à égalité en tête du classement sectoriel. La restauration traditionnelle suit avec trois cas. Ce triptyque — automobile, restauration rapide, restauration traditionnelle — pointe vers des activités exposées à la demande des ménages, dont les arbitrages de consommation pèsent directement sur les marges. Business-Times relevait d'ailleurs, à propos du deuxième trimestre 2026, une « conjoncture fragile pour les petites entreprises du Grand Est ».
Le BTP n'est pas absent. Travaux de menuiserie métallique et serrurerie, maçonnerie générale et gros œuvre : deux ouvertures chacun sur la période. Storybee signale par ailleurs une procédure dans les Vosges sur une activité de travaux, confirmant que la filière construction reste sous pression dans la région. Les données Urssaf rappelées par Batiweb éclairent ce point : 90 % des entreprises du BTP emploient moins de dix salariés, ce qui les rend particulièrement vulnérables à un retournement de carnet de commandes, sans les réserves de trésorerie des structures plus importantes.
La coiffure, avec deux ouvertures, complète un tableau sectoriel dominé par des activités de proximité et de services aux particuliers. Ce n'est pas le signe d'un effondrement d'une branche spécifique, mais d'une fragilité diffuse des très petites structures face à des charges fixes que le chiffre d'affaires ne couvre plus.
Un chiffre mérite une attention particulière : sur 163 ouvertures, une seule sauvegarde a été prononcée. La procédure de sauvegarde, conçue pour permettre à une entreprise encore solvable d'anticiper ses difficultés, reste donc quasi absente du paysage régional ce trimestre. Le recours quasi exclusif à la liquidation ou au redressement suggère que les procédures s'ouvrent tardivement, quand la situation est déjà dégradée — un constat que la signature de la charte nationale sur la prévention des défaillances, organisée en Grand Est le 7 septembre 2026 selon Les Échos, vise précisément à corriger.
La hausse de 18 % en un mois — de 138 à 163 ouvertures — constitue le repère de comparaison disponible pour ce trimestre. Le rythme s'accélère : 25 procédures supplémentaires en trente jours, soit une progression qui dépasse le simple effet de rattrapage post-estival. Les prochaines publications BODACC permettront de mesurer si ce niveau se stabilise ou s'installe comme un nouveau plancher pour la région.