La Moselle et le Bas-Rhin ne sont pas épargnés. En l'espace de quelques mois, trois noms ont concentré l'essentiel des inquiétudes sur l'avenir industriel du Grand Est : Allgaier France à Faulquemont, Dumarey à Strasbourg, Mahle-Behr à Hambach. Ensemble, ces trois sites représentent plus de 600 emplois directs menacés ou supprimés, selon les informations publiées par Le Journal des Entreprises, Revolution Permanente et ici.fr. Une concentration de procédures et de fermetures programmées qui dessine, à l'échelle régionale, une dynamique propre à un territoire historiquement ancré dans la sous-traitance automobile thermique.
Repères
| Entreprise | Site | Département | Emplois concernés | Situation | Horizon |
|---|---|---|---|---|---|
| Allgaier France | Faulquemont | Moselle (57) | 180 | Redressement judiciaire (2023), fermeture programmée | Horizon 2026 |
| Dumarey | Strasbourg | Bas-Rhin (67) | 320 | Fermeture annoncée | 2026 |
| Mahle-Behr | Hambach | Moselle (57) | Non précisé | Fermeture programmée | Fin 2026 |
Allgaier France est en redressement judiciaire depuis 2023, rappelle France 3 Régions. Son site de Faulquemont, en Moselle, emploie quelque 180 personnes selon Le Journal des Entreprises — une autre source évoque 200 emplois menacés, soit un écart qui reflète probablement l'inclusion ou non des intérimaires et des emplois indirects. La fermeture est programmée à l'horizon 2026. Pour ce sous-traitant spécialisé dans l'équipement automobile, la procédure collective n'a pas permis de trouver un repreneur capable de pérenniser l'activité sur le territoire mosellan.
À Strasbourg, c'est Dumarey qui a fait l'effet d'un séisme industriel. Revolution Permanente rapporte la fermeture du site, qui emploie 320 salariés, et décrit la disparition de « l'un des fleurons de l'industrie automobile » de la région. La même source précise que le Grand Est concentre 30 % des emplois concernés par cette offensive de fermetures dans la filière — un chiffre qui illustre l'exposition particulière du territoire.
À Hambach, toujours en Moselle, Mahle-Behr a annoncé la fermeture de son usine d'ici fin 2026, selon ici.fr. Le groupe est présent sur plusieurs sites dans le Grand Est, dont un à Rouffach. La source cite explicitement la concurrence étrangère et la crise de l'automobile parmi les facteurs avancés, auxquels s'ajoute la fermeture des usines clientes — un mécanisme en cascade qui frappe d'abord les équipementiers de rang 2 et 3.
80 % des emplois mosellans encore liés au moteur thermique
Ce qui rend la situation du Grand Est structurellement différente d'autres régions françaises, c'est la dépendance persistante au moteur thermique. La CCI de Moselle, dans une note publiée le 6 juillet 2026 et titrée « La filière automobile du Grand Est : entre crise historique et relance », chiffre à 80 % la part des emplois mosellans de la filière encore liés au thermique, selon l'INSEE 2026. Un niveau qui expose mécaniquement le territoire à chaque fermeture de site client ou à chaque décision réglementaire défavorable aux motorisations fossiles.
La même source mentionne la fermeture programmée du site de Douvrin (Pas-de-Calais) comme signal supplémentaire d'une recomposition de la chaîne de valeur automobile — une information reprise ici uniquement pour situer le contexte tel que la CCI mosellane le décrit, sans en faire un cas central de cet article. Ce qui compte pour le Grand Est, c'est la répercussion locale : quand un assembleur ou un équipementier de rang 1 ferme, les sous-traitants locaux perdent leurs débouchés. Allgaier, Dumarey et Mahle-Behr illustrent précisément ce mécanisme.
Le Monde a documenté, dans une livraison du 30 janvier 2026, la série de fermetures et suppressions de postes en cascade dans le secteur. Le quotidien citait nommément Allgaier à Faulquemont (180 emplois) aux côtés de Sogefi à Douai (130 emplois), signalant que ces annonces s'enchaînaient « à la veille de Noël » pour Sogefi et dans les semaines suivantes pour d'autres. La concentration temporelle de ces annonces, en fin d'année 2025 et début 2026, suggère une accélération des décisions de fermeture après plusieurs mois de procédures ou de négociations internes.
Un tissu local fragilisé, des conséquences au-delà des grilles d'usine
Pour les salariés directement concernés, le calendrier est désormais connu : Allgaier Faulquemont doit fermer courant 2026, Dumarey Strasbourg également, Mahle-Behr Hambach d'ici la fin de l'année. Trois procédures ou fermetures, trois bassins d'emploi touchés — Faulquemont en Moselle rurale, Strasbourg capitale régionale, Hambach ville industrielle de taille moyenne.
Les sous-traitants et prestataires locaux qui dépendent de ces sites sont exposés à un effet domino. La CCI Moselle, dans sa note de juillet 2026, évoque explicitement une « crise historique » pour qualifier la situation de la filière régionale — une formulation qui tranche avec les communications habituellement prudentes des chambres consulaires.
Les données BODACC sur les 30 derniers jours en Grand Est confirment une pression générale sur le tissu économique régional : 230 procédures ouvertes, dont 164 liquidations judiciaires et 63 redressements judiciaires, pour seulement 3 sauvegardes. Ce rapport — plus de 7 liquidations pour 1 sauvegarde — traduit la rareté des procédures préventives dans la région. Parmi les secteurs identifiés, l'entretien et la réparation de véhicules automobiles légers figure avec 3 ouvertures sur la période, signe que la crise de la filière industrielle irrigue aussi le tissu de proximité, chez les réparateurs et garages indépendants.
La ventilation départementale révèle une autre asymétrie : la Marne concentre à elle seule 90 des 230 ouvertures, soit près de 39 % du total régional, devant la Meurthe-et-Moselle (43) et l'Aube (31). La Moselle, département directement frappé par les fermetures industrielles automobiles, n'apparaît pas dans cette ventilation BODACC des 30 derniers jours — ce qui suggère que les procédures liées à Allgaier et Mahle-Behr ont été enregistrées antérieurement, ou relèvent de procédures d'un niveau (tribunal de commerce compétent pour des sociétés de cette taille) qui ne se reflète pas dans les mêmes volumes que les TPE.
| Département | Ouvertures de procédures (30 j) | Part du total régional |
|---|---|---|
| Marne (51) | 90 | 39 % |
| Meurthe-et-Moselle (54) | 43 | 19 % |
| Aube (10) | 31 | 13 % |
| Vosges (88) | 26 | 11 % |
| Ardennes (08) | 25 | 11 % |
| Meuse (55) | 10 | 4 % |
| Haute-Marne (52) | 9 | 4 % |
| Total Grand Est | 230 | 100 % |
Le volume total de 230 ouvertures marque un recul de 6 % par rapport aux 30 jours précédents (245 ouvertures), ce qui pourrait indiquer un léger reflux des défaillances de TPE — sans que cela atténue la gravité des fermetures industrielles de grande taille, dont les effets sur l'emploi sont sans commune mesure avec les cessations d'activité de petits établissements.
La prochaine étape observable pour Allgaier France reste la conclusion de la procédure de redressement judiciaire ouverte en 2023 : aucun repreneur n'a été annoncé publiquement à ce stade selon les sources disponibles, et la fermeture effective du site de Faulquemont est attendue courant 2026. Pour Dumarey Strasbourg, Revolution Permanente indique que les 320 salariés « seront licenciés » — une formulation qui laisse entendre que la décision de fermeture est actée, sans plan de cession identifié dans les sources consultées.