C'est un chiffre qui concentre l'essentiel : 126 procédures ouvertes dans le seul département du Nord sur les 30 derniers jours du trimestre, selon les données BODACC officielles. Sur les 178 ouvertures recensées en Hauts-de-France sur la période, ce département capte à lui seul 71 % du volume régional. Derrière lui, la Somme (20 procédures), l'Aisne (15), le Pas-de-Calais (12) et l'Oise (5) complètent un tableau qui dessine une région sous pression — mais dont la géographie de la défaillance est loin d'être uniforme.
Le palmarès départemental des défaillances en Hauts-de-France (30 derniers jours, T3 2026)
| Département | Ouvertures de procédures (30 j) | Part régionale |
|---|---|---|
| Nord (59) | 126 | 71 % |
| Somme (80) | 20 | 11 % |
| Aisne (02) | 15 | 8 % |
| Pas-de-Calais (62) | 12 | 7 % |
| Oise (60) | 5 | 3 % |
| Total région | 178 | 100 % |
Source : données BODACC internes, ouvertures de procédures collectives sur 30 jours, T3 2026. Les parts sont calculées sur la base des 178 ouvertures régionales.
Le Nord écrase les compteurs, la Somme et l'Aisne résistent moins qu'attendu
Que le Nord concentre la majorité des défaillances régionales n'est pas une surprise en soi — c'est le département le plus peuplé et le plus dense en établissements des Hauts-de-France. Ce qui retient l'attention, c'est l'écart brut avec le Pas-de-Calais : 126 contre 12, soit un rapport de 1 à 10,5, alors que les deux départements sont souvent présentés comme le cœur industriel et commercial du bassin. La Somme, avec ses 20 ouvertures, se hisse en deuxième position — un niveau qui mérite d'être mis en regard de son tissu économique plus rural et de sa part dans la population régionale, nettement inférieure à celle du Pas-de-Calais.
L'Oise, à l'inverse, affiche le score le plus bas : 5 procédures seulement, soit 3 % du total. Ce département, pourtant frontalier de l'Île-de-France et relativement dynamique en termes d'implantations logistiques, semble traverser ce trimestre avec une exposition moindre aux cessations d'activité. Une donnée à surveiller dans la durée, mais qui, pour ce trimestre, constitue le repère bas de la région.
La nature des procédures confirme une tendance lourde : sur les 178 ouvertures, 141 sont des liquidations judiciaires — soit 79 % du total — contre 36 redressements judiciaires et une seule sauvegarde. Ce ratio signale que la grande majorité des entreprises qui franchissent la porte du tribunal n'en ressortent pas en activité. La procédure de sauvegarde, qui suppose une anticipation suffisante pour agir avant la cessation des paiements, reste marginale : une seule sur l'ensemble de la région en un mois.
Les secteurs révélateurs : auto-école, étanchéité, crématorium
La ventilation sectorielle fournie par le BODACC sur ces 30 jours est à la fois précise et révélatrice. L'enseignement de la conduite arrive en tête avec 4 ouvertures, devant plusieurs activités à 2 procédures chacune : travaux d'étanchéification, agences immobilières, débits de boissons, et — fait insolite — l'exploitation d'un crématorium à Maubeuge (Nord), dans le cadre d'une délégation de service public.
La présence des auto-écoles en tête de classement sectoriel mérite une lecture attentive. Quatre défaillances dans une même branche sur un seul mois, dans une seule région, suggère une pression concentrée sur ce segment. Le Sénat, dans sa liste de rappel des questions au 3 septembre 2026, pointe par ailleurs les difficultés de la filière de recyclage des batteries dans les Hauts-de-France — signal d'une fragilité sectorielle qui dépasse les seuls chiffres BODACC du trimestre.
Le cas du crématorium de Maubeuge est atypique : deux ouvertures de procédure autour d'une même délégation de service public dans le Nord pointent vers une situation qui touche directement une collectivité locale. Le Sénat, toujours dans ses questions du 3 septembre, relève l'inquiétude des collectivités face à la faillite d'une entreprise — formulation qui résonne avec ce type de procédure impliquant un opérateur de service public.
Ce que ce palmarès révèle des Hauts-de-France
La région ne sort pas de nulle part dans ce classement trimestriel. Selon Actu.fr, les Hauts-de-France affichaient dès le premier semestre 2026 la plus forte hausse de pertes d'emploi chez les chefs d'entreprise parmi les régions françaises, avec 2 500 dirigeants concernés. Ce contexte donne une profondeur aux 178 ouvertures du mois : elles s'inscrivent dans une dynamique régionale qui s'est aggravée tout au long de l'année.
À l'échelle nationale, le site Azertag relayant des données françaises indique que 33 341 dirigeants ont été concernés par des liquidations sur une période récente, soit plus de 180 par jour, avec la suppression d'environ 80 emplois par liquidation. Rapportée à la région, la surreprésentation des Hauts-de-France dans ce flux national — pointée par Actu.fr — confère à chaque procédure locale un poids humain supérieur à la moyenne.
La La Gazette France confirme de son côté que les Hauts-de-France restent sous pression en matière de défaillances d'entreprises, sans que cette pression se répartisse uniformément sur le territoire. Le déséquilibre entre le Nord et l'Oise — un rapport de 25 à 1 — illustre une région à deux vitesses, où la densité économique du premier amplifie mécaniquement l'exposition aux procédures collectives.
Un recul en trompe-l'œil par rapport au mois précédent
La comparaison avec la période précédente produit un chiffre qui surprend au premier regard : -64 % d'ouvertures par rapport aux 30 jours précédents, qui en comptaient 488. Une chute de cette ampleur en un mois pourrait laisser penser à une amélioration structurelle. Ce serait une lecture trop rapide.
Les données BODACC distinguent explicitement les 178 ouvertures de procédures nouvelles des 435 annonces toutes natures confondues sur la même période — clôtures, actes de procédure, jugements divers inclus. La période précédente à 488 ouvertures représente un pic inhabituellement élevé, non un niveau de référence stable. Le recul observé ramène le volume à un niveau qui reste significatif pour un seul mois : 178 nouvelles défaillances, dont 141 liquidations sans retour possible à l'activité.
Pour les sous-traitants, les salariés et les collectivités qui portent des délégations de service public dans la région, c'est ce chiffre brut — et non la variation — qui mesure l'impact réel du trimestre.