Statistiques

Île-de-France : 1 485 procédures collectives au 4e trimestre 2026, +154 %

En trente jours, l'Île-de-France a enregistré 1 485 ouvertures de procédures collectives, soit plus du double de la période précédente — Paris et la Seine-Saint-Denis en tête.

Le chiffre est brutal : 1 485 ouvertures de procédures collectives en trente jours sur le territoire francilien, contre 585 sur la période immédiatement précédente. L'écart — +154 % — ne relève pas d'un glissement progressif mais d'un basculement net, visible dans chacun des huit départements de la région. Sur ces 1 485 ouvertures, 1 201 sont des liquidations judiciaires directes, soit 81 % du total. Les redressements judiciaires représentent 271 dossiers, les sauvegardes à peine 13. Ces données, issues du BODACC officiel, dessinent une région où la grande majorité des entreprises en difficulté n'accède pas à la restructuration : elles cessent directement.

La carte des procédures : huit départements, des écarts significatifs

La ventilation départementale révèle des situations contrastées, loin d'une vague homogène. Paris concentre le volume absolu le plus élevé, mais la Seine-Saint-Denis — département bien moins peuplé d'entreprises formelles — affiche un rapport ouvertures/tissu économique qui mérite attention. À l'opposé, le Val-d'Oise, les Yvelines et la Seine-et-Marne se situent dans une fourchette serrée, entre 136 et 143 ouvertures, suggérant une pression comparable sur la grande couronne ouest et nord.

Département Ouvertures (30 j) Part régionale
Paris (75) 322 21,7 %
Seine-Saint-Denis (93) 242 16,3 %
Essonne (91) 181 12,2 %
Val-de-Marne (94) 169 11,4 %
Hauts-de-Seine (92) 154 10,4 %
Seine-et-Marne (77) 143 9,6 %
Yvelines (78) 138 9,3 %
Val-d'Oise (95) 136 9,2 %

Paris, avec 322 ouvertures, capte plus d'un cinquième des procédures régionales — ce qui reflète d'abord la densité du tissu entrepreneurial de la capitale. La Seine-Saint-Denis, deuxième département le plus touché avec 242 ouvertures, représente 16,3 % du total régional. L'Essonne complète le podium avec 181 dossiers, soit 12,2 %. À l'autre extrémité, le Val-d'Oise (136 ouvertures) et les Yvelines (138) affichent les volumes les plus faibles de grande couronne — un écart de 86 dossiers avec la Seine-Saint-Denis, ce qui, à tissu économique comparable, constitue un différentiel notable.

Le cabinet Kohen Avocats, qui intervient devant le tribunal de commerce du siège social en Île-de-France, signale dans ses publications récentes que le volume de dossiers de reprises d'entreprises en redressement ou liquidation judiciaire s'inscrit dans une dynamique nationale documentée par le baromètre Brantham Partners 2026. Cette mise en perspective nationale n'atténue pas la singularité francilienne : la région concentre une part disproportionnée des flux de procédures à l'échelle du pays, en raison de la densité de son tissu de TPE et de micro-entreprises.

Les secteurs qui décrochent

L'analyse sectorielle des données BODACC réserve une anomalie : la première catégorie recensée, avec 46 ouvertures, est libellée « sans activité ». Ces entités — sociétés immatriculées sans code APE actif ou dont l'activité réelle n'a pu être qualifiée au moment de la déclaration — représentent un signal en soi. Leur nombre élevé suggère une proportion significative de structures dormantes ou de coquilles vidées de leur substance économique avant même la procédure, un phénomène que la plateforme repreneurs.com, qui suit en temps réel les procédures collectives en Île-de-France, recense parmi ses annonces quotidiennes.

Le transport de voyageurs par taxis arrive ensuite avec 5 ouvertures, à égalité avec les travaux d'installation électrique dans tous locaux. Ces deux filières cumulent 10 procédures sur la période, ce qui peut paraître modeste en volume absolu mais prend un relief particulier au regard de leur structure : ce sont des activités exercées majoritairement par des opérateurs individuels ou des micro-entreprises, dont la trésorerie ne supporte aucun délai de paiement. Le secteur du taxi parisien — distingué dans les données BODACC du transport de voyageurs générique — enregistre pour sa part 4 ouvertures supplémentaires, portant la filière VTC-taxi à 9 dossiers sur trente jours, ce qui en fait la branche la plus exposée après les entités sans activité identifiée.

Le conseil en systèmes et logiciels informatiques (4 ouvertures) et les activités de travail temporaire et recrutement (4 ouvertures également) complètent le tableau sectoriel disponible. Deux filières que rien ne rapproche a priori — l'une à forte valeur ajoutée, l'autre structurellement cyclique — se retrouvent au même niveau d'exposition. Pour le travail temporaire, la procédure collective frappe généralement après un retournement de commandes : les charges fixes persistent quand les missions s'évaporent. Pour le conseil informatique, la pression vient souvent d'un allongement des cycles de décision chez les clients, qui retarde les encaissements sans réduire les coûts de structure. Ces mécanismes sont évoqués dans la littérature juridique publiée par Kohen Avocats, sans que les données BODACC permettent d'en vérifier l'incidence précise sur chaque dossier francilien.

Une procédure concrète illustre la réalité de terrain : la société Boucherie de la Ferme, placée en liquidation judiciaire par le tribunal de commerce d'Évry le 14 septembre 2026 — jugement publié au BODACC le 27 septembre 2026, selon francereprises.com. Cette boucherie de l'Essonne s'inscrit dans les 181 ouvertures départementales recensées sur la période. Le tribunal d'Évry, compétent pour une large partie de l'Essonne, figure parmi les juridictions franciliennes les plus actives au regard du volume de dossiers de ce département.

À Paris même, la clôture de liquidation de la société Griveau — SARL au capital de 8 000 euros, siège social dans le 75 — a été publiée le 26 septembre 2026, selon mesinfos.fr. Une clôture ne s'additionne pas aux ouvertures (elle en est l'aboutissement), mais elle signale que des dossiers ouverts lors de trimestres antérieurs arrivent à leur terme, libérant des créances définitivement perdues pour les créanciers concernés.

Les zones qui résistent — ou du moins qui décrochent moins vite

Dans ce contexte d'accélération généralisée, le Val-d'Oise (136 ouvertures) et les Yvelines (138) présentent les niveaux les plus bas de grande couronne. L'écart avec la Seine-Saint-Denis — 106 dossiers de moins pour le Val-d'Oise — est suffisamment marqué pour mériter une lecture. Ces deux départements partagent une structure économique orientée vers des zones d'activité plus établies et un tissu de PME industrielles et tertiaires dont la résilience financière est, en moyenne, supérieure à celle des micro-entreprises de services qui dominent les statistiques de liquidation directe.

Les Hauts-de-Seine (154 ouvertures), malgré la densité de son tissu de grandes entreprises et de sièges sociaux, se situent dans la moyenne haute. Ce résultat s'explique en partie par la nature même du tissu économique hauts-de-séquanais : les grandes structures disposent d'accès au crédit et aux procédures préventives (mandat ad hoc, conciliation) qui ne figurent pas dans les statistiques BODACC d'ouverture. Ce sont les TPE et les filiales de petite taille qui alimentent les 154 dossiers recensés.

Une région sous pression, un signal à lire dans la durée

Le doublement en un mois du nombre d'ouvertures — de 585 à 1 485 — ne peut s'expliquer par la seule saisonnalité. La Banque de France publie un suivi hebdomadaire des défaillances d'entreprises, accessible sur son site, qui permettra de confirmer ou d'infirmer si ce pic correspond à un rattrapage de dossiers mis en attente ou à une tendance de fond. Le ratio de 81 % de liquidations directes sur l'ensemble des procédures ouvertes est, lui, un indicateur structurel : il traduit la part des entreprises qui arrivent devant le tribunal sans marge de manœuvre suffisante pour envisager un plan de continuation.

Sur les 2 830 annonces BODACC toutes natures confondues enregistrées en trente jours sur la région — clôtures, actes de procédure et ouvertures mélangés —, les 1 485 ouvertures nettes représentent 52 % du flux total. Autrement dit, une annonce sur deux publiée en Île-de-France sur la période correspond à une nouvelle défaillance, les autres relevant de l'administration de dossiers déjà en cours. La plateforme repreneurs.com, qui met à jour quotidiennement les procédures collectives franciliennes, constitue à ce titre un observatoire en temps réel dont le volume d'annonces reflète directement cette cadence.

La prochaine publication du suivi hebdomadaire de la Banque de France permettra de situer ce trimestre dans la série longue des défaillances nationales et de mesurer si l'Île-de-France amplifie ou suit la tendance hexagonale.