Cent quinze ouvertures de procédures collectives en un mois dans le seul département de la Gironde. C'est le chiffre qui structure le palmarès régional du 3e trimestre 2026 en Nouvelle-Aquitaine : sur les 258 nouvelles procédures enregistrées au BODACC sur trente jours, le département bordelais en absorbe 44,6 %, loin devant la Charente-Maritime (34) et la Vienne (32). La région n'est pas épargnée, mais elle n'est pas non plus homogène.
Top 11 des départements : le palmarès des ouvertures de procédures en Nouvelle-Aquitaine
| Département | Ouvertures (30 j) | Part régionale | Dont liquidations judiciaires (régional : 64 %) |
|---|---|---|---|
| Gironde (33) | 115 | 44,6 % | Poids dominant |
| Charente-Maritime (17) | 34 | 13,2 % | — |
| Vienne (86) | 32 | 12,4 % | — |
| Haute-Vienne (87) | 20 | 7,8 % | — |
| Creuse (23) | 13 | 5,0 % | — |
| Dordogne (24) | 13 | 5,0 % | — |
| Landes (40) | 10 | 3,9 % | — |
| Pyrénées-Atlantiques (64) | 10 | 3,9 % | — |
| Corrèze (19) | 8 | 3,1 % | — |
| Charente (16) | 2 | 0,8 % | — |
| Lot-et-Garonne (47) | 1 | 0,4 % | — |
Source : données BODACC internes, 30 jours glissants, 3e trimestre 2026. La colonne « dont liquidations judiciaires » reflète la proportion régionale globale (165 sur 258, soit 64 %) ; la ventilation par département n'est pas disponible à ce niveau de détail dans les données publiées.
La Gironde, la Charente-Maritime, la Vienne : trois têtes de palmarès, trois réalités
La Gironde écrase le classement avec 115 ouvertures, un niveau qui s'explique mécaniquement par le poids démographique et économique du département — premier de la région en nombre d'entreprises. Mais ce volume brut cache une donnée plus significative : selon le classement des entreprises défaillantes en Gironde publié par Pappers le 24 août 2026, des acteurs du BTP figurent déjà parmi les procédures récentes, dont Sardar Aquitaine, placée en redressement judiciaire le 4 août 2026, dans la branche des travaux de construction spécialisés. Ce cas illustre la sur-représentation du secteur du bâtiment dans les ouvertures régionales — une tendance que confirment les données BODACC, où la menuiserie bois et PVC (3 ouvertures) et la maçonnerie générale (2 ouvertures) figurent parmi les activités les plus touchées sur la période.
La Charente-Maritime arrive en deuxième position avec 34 ouvertures, soit 13,2 % du total régional. Ce département côtier, dont le tissu économique mêle tourisme, ostréiculture et PME industrielles, enregistre un niveau qui, rapporté à sa taille, le place proportionnellement au-dessus de plusieurs voisins. La Vienne, troisième avec 32 procédures, dépasse la Haute-Vienne (20) malgré un tissu d'entreprises comparable, ce qui mérite attention : cet écart de 60 % entre deux départements de gabarit similaire constitue l'une des anomalies géographiques de ce trimestre.
À l'autre extrémité du palmarès, le Lot-et-Garonne n'enregistre qu'une seule ouverture sur la période — un plancher qui tranche avec la moyenne régionale et qui, s'il se confirme sur plusieurs mois, distinguerait ce département comme un territoire singulièrement préservé au sein de la région.
Ce que ce palmarès révèle du tissu économique de Nouvelle-Aquitaine
La structure sectorielle des défaillances pointe vers le bâtiment avec une constance qui mérite d'être soulignée. Menuiserie, maçonnerie, travaux de construction spécialisés : trois des six activités les plus représentées dans les ouvertures BODACC appartiennent à la filière du second œuvre et du gros œuvre. Ce n'est pas un hasard de calendrier. La source Pappers du 24 août 2026 confirme cette concentration en Gironde, département où la construction a connu une activité soutenue ces dernières années — et où le retournement de cycle frappe désormais les opérateurs les plus fragiles.
La restauration figure également parmi les secteurs touchés, avec 2 ouvertures recensées sur la période. Ce chiffre paraît modeste, mais il s'inscrit dans un contexte régional où le tourisme estival pèse lourd dans l'équilibre annuel de nombreux établissements. Une fermeture prononcée en pleine saison haute représente, pour les salariés concernés, une perte de revenus à un moment précis où les contrats saisonniers sont en cours — conséquence directe et immédiate pour des dizaines de personnes dans les territoires côtiers ou viticoles.
La plateforme Placeco, dans deux articles publiés fin août 2026, mentionne par ailleurs le cas d'une entreprise adaptée placée en redressement judiciaire depuis mars 2025 — procédure dont la durée illustre la complexité des sorties de crise pour des structures à statut particulier, soumises à des contraintes spécifiques de maintien dans l'emploi. Ce type d'acteur, lorsqu'il bascule en liquidation, emporte avec lui des salariés en situation de handicap dont le reclassement est structurellement plus difficile.
L'ingénierie et les études techniques (2 ouvertures) complètent le tableau sectoriel. Leur présence dans le palmarès signale que la fragilité ne se cantonne pas aux métiers manuels ou à l'hôtellerie-restauration : des activités à plus forte valeur ajoutée, souvent organisées en petites structures, traversent elles aussi des difficultés de trésorerie suffisamment sévères pour déclencher une procédure collective.
Enfin, 4 ouvertures sont enregistrées sans activité identifiée dans les données BODACC — des entités dont la nature exacte reste indéterminée, mais dont la présence rappelle que le périmètre des défaillances dépasse les seules entreprises opérationnelles : holdings, sociétés dormantes ou structures en fin de vie administrative peuvent également faire l'objet d'une procédure formelle.
Un recul de 54 % par rapport à la période précédente : rupture ou artefact ?
Le chiffre le plus surprenant de ce trimestre n'est peut-être pas le volume absolu, mais son évolution : 258 ouvertures sur trente jours contre 559 sur la période précédente, soit une contraction de 54 %. Une telle amplitude — plus de la moitié des ouvertures en moins — interpelle. Les données BODACC internes, officielles et prioritaires, attestent de cet écart sans en préciser la cause. Deux lectures coexistent : soit une normalisation réelle après un pic exceptionnel lors de la période précédente, soit un effet de calendrier lié aux délais de publication des jugements estivaux, les tribunaux de commerce réduisant leur activité en juillet-août. La source du site ifppc.fr, qui évoque en juillet 2026 des aides aux entreprises en difficulté en Nouvelle-Aquitaine, suggère qu'un accompagnement actif des structures fragiles est en cours — ce qui pourrait, à la marge, retarder certaines ouvertures de procédure sans les éviter.
Quoi qu'il en soit, les 165 liquidations judiciaires prononcées sur la période — soit 64 % des ouvertures — restent le marqueur le plus dur de ce palmarès. Une liquidation, contrairement à un redressement judiciaire, ne laisse pas de place à une continuation d'activité : elle signifie la cessation définitive, la vente des actifs, et pour les salariés présents, la rupture immédiate du contrat de travail. Sur 258 procédures, 165 se soldent ainsi — un ratio qui dépasse les deux tiers et qui donne la mesure réelle de la pression exercée sur le tissu entrepreneurial néo-aquitain ce trimestre.