Analyse

Nouvelle-Aquitaine, T3 2026 : 248 procédures ouvertes, la Gironde en tête

En trente jours, la Nouvelle-Aquitaine enregistre 248 ouvertures de procédures collectives, dont 158 liquidations judiciaires — avec une Gironde qui concentre plus de la moitié des dossiers.

Cent cinquante-huit liquidations judiciaires, soixante-quinze redressements, quinze sauvegardes : sur les trente derniers jours du troisième trimestre 2026, la Nouvelle-Aquitaine totalise 248 ouvertures de procédures collectives, selon les données BODACC officielles. Le chiffre brut est significatif, mais c'est sa géographie interne qui retient l'attention : un seul département, la Gironde, absorbe 135 de ces 248 ouvertures, soit 54 % du total régional. Le reste de la grande région se partage les 113 dossiers restants sur neuf autres départements.

Le palmarès départemental : la Gironde écrase, la Creuse et la Dordogne s'alignent

Département Code Ouvertures (30 j) Part régionale
Gironde 33 135 54 %
Charente-Maritime 17 34 14 %
Vienne 86 20 8 %
Creuse 23 13 5 %
Dordogne 24 13 5 %
Pyrénées-Atlantiques 64 10 4 %
Landes 40 10 4 %
Corrèze 19 8 3 %
Haute-Vienne 87 3 1 %
Charente 16 2 1 %

Source : BODACC, données officielles sur 30 jours glissants au T3 2026. Les parts sont calculées sur le total de 248 ouvertures.

La Gironde, la Charente-Maritime et la Vienne : trois profils distincts en tête

Avec 135 ouvertures, la Gironde concentre à elle seule davantage de procédures que les neuf autres départements réunis. Ce n'est pas une anomalie statistique : le département abrite le tissu économique le plus dense de la région, Bordeaux Métropole représentant une part prépondérante des établissements actifs. Ce que révèle ce chiffre, c'est moins une fragilité spécifique qu'un effet volume — plus d'entreprises implique mécaniquement plus de défaillances potentielles. La vraie question est celle du taux, que les données disponibles ne permettent pas de calculer faute d'un dénominateur régional ventilé par département.

La Charente-Maritime arrive en deuxième position avec 34 ouvertures, soit 14 % du total. L'écart avec la troisième place — la Vienne à 20 — est net. Ce département côtier, dont l'économie mêle tourisme, ostréiculture et agroalimentaire, enregistre un volume de procédures qui, rapporté à sa taille, mérite attention. Les données BODACC ne permettent pas, sur cette fenêtre de trente jours, d'identifier les secteurs dominants dans ce département spécifiquement.

La Vienne, avec 20 ouvertures, complète le podium. Département moins peuplé que ses voisins girondins ou charentais-maritimes, il affiche un ratio qui, là encore, dépasse ce que sa démographie entrepreneuriale laisserait attendre intuitivement. Les secteurs identifiés au niveau régional — menuiserie bois et PVC, maçonnerie, restauration, ingénierie — pourraient expliquer une partie de ce volume, sans qu'il soit possible d'établir un lien direct département par département à partir des sources disponibles.

Ce que ce palmarès révèle du tissu économique de Nouvelle-Aquitaine

La ventilation sectorielle régionale fournie par le BODACC pointe vers le bâtiment et les travaux de second œuvre : les travaux de menuiserie bois et PVC et la maçonnerie générale figurent parmi les activités les plus représentées dans les ouvertures de procédures sur trente jours. La restauration et l'ingénierie-études techniques complètent ce tableau. Quatre secteurs, donc, qui couvrent un spectre large — du chantier de proximité au bureau d'études — mais qui partagent une caractéristique commune : une forte dépendance aux commandes à court terme et aux délais de paiement.

La nature des procédures elle-même est instructive. Sur 248 ouvertures, 158 sont des liquidations judiciaires directes, soit 64 % du total. Seulement 75 redressements judiciaires et 15 sauvegardes ont été prononcés sur la même période. Ce déséquilibre — deux tiers des procédures débouchant d'emblée sur une liquidation — signale des dossiers qui arrivent devant le tribunal sans réserve de trésorerie ni plan de continuation crédible. La sauvegarde, procédure préventive par définition, reste marginale : six pour cent des ouvertures. Ce ratio suggère que les entreprises régionales saisissent peu le dispositif avant d'atteindre la cessation des paiements.

Placeco rapporte par ailleurs qu'une entreprise adaptée de la région a été placée en redressement judiciaire dès mars 2025, procédure toujours en cours selon les mentions de juillet 2026 dans la même source. Ce cas illustre la durée que peuvent atteindre certaines procédures de redressement avant qu'une issue — reprise ou liquidation — soit tranchée, et la pression que cela représente pour les salariés concernés.

Ouest-France signale, de son côté, une liquidation prononcée en juillet 2026 pour une entreprise fermée « du jour au lendemain » durant l'été, suivie de la création d'une nouvelle structure au nom et à l'activité similaires courant août. Ce type de séquence — liquidation puis recréation rapprochée — illustre une pratique que les juridictions commerciales connaissent bien, sans que les sources disponibles permettent d'en quantifier la fréquence régionale.

Une chute de 54 % par rapport à la période précédente : rupture ou artefact ?

Le fait le plus contre-intuitif de ce palmarès trimestriel tient dans un seul chiffre : la période précédente de trente jours avait enregistré 539 ouvertures en Nouvelle-Aquitaine, contre 248 sur la fenêtre actuelle. La baisse atteint 54 %. Un tel écart, en l'absence d'explication dans les sources disponibles, appelle la prudence interprétative. Deux lectures coexistent : soit une amélioration réelle de la sinistralité régionale sur la période estivale, soit un effet de calendrier judiciaire — les audiences des tribunaux de commerce se tiennent moins fréquemment en juillet-août, ce qui peut décaler mécaniquement les jugements d'ouverture vers septembre et octobre.

Les 841 annonces BODACC toutes natures confondues sur la même période — clôtures, actes de procédure, jugements divers — rappellent que le stock de dossiers actifs reste considérable, bien au-delà des seules 248 nouvelles ouvertures. Ce chiffre global ne mesure pas les défaillances, mais il traduit l'intensité de l'activité judiciaire commerciale en Nouvelle-Aquitaine : en moyenne, 28 annonces par jour sur trente jours, tous types d'actes confondus.

Le Journal des Entreprises note, pour l'Occitanie voisine, que 2 997 chefs d'entreprise ont perdu leur emploi au premier semestre 2026 à la suite d'une liquidation judiciaire, selon l'Observatoire de l'emploi des dirigeants. Ce chiffre occitan, cité à titre de repère géographique proche, rappelle que derrière chaque liquidation se trouve un dirigeant dont la situation personnelle bascule — une réalité que le volume régional néo-aquitain de 158 liquidations sur trente jours traduit à sa propre échelle, sans que les sources permettent d'en chiffrer l'équivalent local sur la même période.