Statistiques

Nouvelle-Aquitaine T3 2026 : 284 procédures, la Gironde concentre 40 % des défaillances

Au 3e trimestre 2026, la Nouvelle-Aquitaine enregistre 284 ouvertures de procédures collectives sur 30 jours, avec une Gironde qui absorbe à elle seule 115 dossiers.

Deux cent quatre-vingt-quatre. C'est le nombre de procédures collectives ouvertes en Nouvelle-Aquitaine sur les trente derniers jours du trimestre, selon les données BODACC. Derrière ce chiffre, une réalité contrastée : la Gironde concentre 115 ouvertures, soit 40 % du total régional, quand le Lot-et-Garonne n'en recense que 2. La région n'est pas un bloc homogène — elle est un archipel de situations économiques dont les écarts, mesurés à l'aune des procédures judiciaires, n'ont jamais été aussi visibles.

Le chiffre brut mérite d'être mis en perspective immédiatement. La période précédente avait enregistré 571 ouvertures sur trente jours comparables, soit le double. La baisse de 50 % entre les deux fenêtres est spectaculaire — mais elle doit être lue avec prudence : une telle amplitude peut refléter un effet de rattrapage statistique, un calendrier judiciaire particulier (vacances estivales, audiences reportées), ou une véritable décélération des dépôts. Les données BODACC mesurent des ouvertures prononcées, pas des dépôts ; un mois creux d'audiences produit mécaniquement une baisse des annonces. Ce que le trimestre dit avec certitude, c'est que 181 liquidations judiciaires ont été prononcées, contre 90 redressements judiciaires et seulement 13 sauvegardes. Autrement dit, pour chaque entreprise qui tente de se restructurer sous protection, deux sont immédiatement vouées à la cessation définitive.

La carte des défaillances, département par département

DépartementOuvertures (30 j)Part régionaleSecteur dominant (données BODACC)
Gironde (33)11540,5 %Restauration, activités de sièges sociaux
Charente-Maritime (17)3412,0 %Boulangerie-pâtisserie, maçonnerie
Vienne (86)3211,3 %Menuiserie bois et PVC, maçonnerie
Haute-Vienne (87)217,4 %Travaux de bâtiment
Dordogne (24)196,7 %Restauration, artisanat
Charente (16)155,3 %Construction, commerce
Pyrénées-Atlantiques (64)155,3 %Commerce, services
Creuse (23)134,6 %Artisanat du bâtiment
Landes (40)103,5 %Restauration, commerce
Corrèze (19)82,8 %Services, artisanat
Lot-et-Garonne (47)20,7 %Non significatif sur la période

La lecture de ce tableau révèle une fracture nette entre le littoral atlantique et le croissant intérieur. Les trois départements les plus peuplés — Gironde, Charente-Maritime, Vienne — totalisent à eux seuls 181 ouvertures, soit exactement le nombre de liquidations judiciaires prononcées sur la même période. La coïncidence arithmétique mérite d'être soulignée : la masse critique des défaillances se concentre précisément là où le tissu de TPE et PME est le plus dense.

Les secteurs qui décrochent

Trois filières dominent le tableau des procédures, selon les données BODACC : la restauration traditionnelle, la construction sous ses différentes formes, et la boulangerie-pâtisserie.

La restauration traditionnelle arrive en tête avec 5 ouvertures recensées sur la période. Ce chiffre, modeste en valeur absolue, prend un autre relief quand on le rapporte à la taille du secteur : la restauration représente une fraction limitée du tissu économique régional, mais sa surreprésentation parmi les procédures signale une fragilité structurelle de la trésorerie dans ce type d'établissements. La Dordogne et les Landes, territoires à forte fréquentation touristique estivale, figurent parmi les zones concernées.

La construction et l'artisanat du bâtiment cumulent plusieurs codes NAF dans le décompte BODACC : travaux de menuiserie bois et PVC (3 ouvertures), maçonnerie générale et gros œuvre (3 ouvertures), soit 6 procédures pour les seuls corps de métier identifiés. La Vienne, la Haute-Vienne et la Creuse concentrent une part notable de ces dépôts — des territoires où le bâtiment artisanal constitue souvent l'un des premiers employeurs privés. Quand une entreprise de maçonnerie passe en liquidation, ce sont ses sous-traitants locaux et ses créanciers fournisseurs qui absorbent le choc en premier.

La boulangerie et boulangerie-pâtisserie représente 3 ouvertures — un secteur que l'on aurait pu croire résilient face aux aléas conjoncturels, mais dont les marges sont visiblement sous pression. La Charente-Maritime concentre une partie de ces dossiers. Enfin, la catégorie « activités des sièges sociaux » (5 ouvertures) mérite attention : elle signale des structures holdings ou têtes de groupe qui basculent en procédure, ce qui peut entraîner des effets en cascade sur les filiales opérationnelles, parfois sans annonce préalable visible dans les données sectorielles.

Au total, les 1 071 annonces BODACC toutes natures confondues sur trente jours — clôtures, actes de procédure, ouvertures — témoignent d'un flux judiciaire intense, bien supérieur aux 284 nouvelles défaillances. Ce ratio d'environ 3,8 annonces par ouverture illustre la densité des procédures en cours : pour chaque nouveau dossier ouvert, près de quatre actes de gestion sont publiés sur des procédures antérieures.

Les zones qui résistent — ou du moins ralentissent

Le Lot-et-Garonne sort du lot par le bas : 2 ouvertures seulement sur trente jours, un niveau qui tranche avec les volumes observés dans les départements voisins. Rapporté à la population et au tissu économique du département, cet écart est frappant. Deux lectures sont possibles : soit le département bénéficie d'un tissu d'entreprises particulièrement solide sur la période, soit l'effet calendrier judiciaire y a joué davantage qu'ailleurs. Les données disponibles ne permettent pas de trancher, mais le signal mérite d'être noté.

La Corrèze, avec 8 procédures, affiche elle aussi un volume contenu. Ces deux départements du flanc est et sud de la région partagent un profil économique agricole et artisanal prononcé, mais les données BODACC ne permettent pas d'aller plus loin dans l'explication causale.

Les Pyrénées-Atlantiques, avec 15 ouvertures, se situent dans la moyenne basse au regard de leur poids économique. Le département, qui abrite Pau et Bayonne, deux pôles tertiaires significatifs, ne figure pas parmi les zones de concentration de la détresse judiciaire ce trimestre.

La Gironde sous tension — et un cas emblématique

La Gironde ne concentre pas seulement 40 % des procédures régionales parce qu'elle est le département le plus peuplé. Elle abrite aussi, ce trimestre, le dossier le plus médiatisé de la région : celui des Girondins de Bordeaux. Le tribunal de commerce de Bordeaux a homologué un accord de conciliation le 26 août 2026, selon le site ici.fr, mais le risque de liquidation judiciaire reste qualifié de « réel » par la même source. Le club évolue dans une zone de turbulence judiciaire qui mobilise la Ligue de football professionnel, la région Nouvelle-Aquitaine et les instances du football amateur, rapporte ici.fr. Ce dossier n'est pas une procédure collective au sens strict — une homologation d'accord de conciliation précède et cherche à éviter l'ouverture d'un redressement — mais il illustre la fragilité de structures économiques de taille intermédiaire qui peuvent basculer rapidement d'un accord amiable vers une procédure formelle.

Hors Gironde, les données BODACC ne permettent pas d'identifier de cas nominatif régional supplémentaire avec les quatre éléments requis (nom, ville, département, tribunal) pour les autres départements de la région sur ce trimestre.

Un contexte national qui pèse sur la lecture régionale

Le site lemondeduchiffre.fr rapporte, en s'appuyant sur les données Altares publiées le 26 août 2026, que plus de 36 600 procédures collectives ont été ouvertes en France entre janvier et juin 2026, et que plus de 33 000 entrepreneurs ont perdu leur emploi au premier semestre. Ces chiffres nationaux donnent une échelle : les 284 ouvertures néo-aquitaines sur trente jours s'inscrivent dans un flux national qui ne faiblit pas au premier semestre. La baisse de 50 % observée entre les deux dernières fenêtres de trente jours en Nouvelle-Aquitaine apparaît donc comme un phénomène local — possiblement calendaire — plutôt que le reflet d'une inflexion nationale.

La prochaine audience de référence identifiable reste celle du tribunal de commerce de Bordeaux dans le dossier des Girondins, dont ici.fr indique que trois options restaient ouvertes au 25 août 2026. Les 1 071 annonces BODACC en cours de traitement sur la région dessineront, dans les prochaines publications officielles, l'ampleur réelle du stock de procédures actives — un indicateur plus stable que le flux mensuel pour mesurer la profondeur de la vague.