Statistiques

Nouvelle-Aquitaine T3 2026 : 475 procédures, la Gironde concentre 40 % des défaillances

En Nouvelle-Aquitaine, 475 procédures collectives ont été ouvertes en 30 jours au 3e trimestre 2026, soit un recul de 17 % par rapport à la période précédente — mais la Gironde absorbe à elle seule 40 % du volume régional.

Quatre cent soixante-quinze. C'est le nombre de procédures collectives ouvertes en Nouvelle-Aquitaine sur les trente derniers jours du 3e trimestre 2026, selon les données officielles du BODACC. Un chiffre qui, pris isolément, pourrait rassurer : il marque un recul de 17 % par rapport aux 569 ouvertures enregistrées sur la période précédente. Mais derrière ce repli global, la cartographie régionale révèle des écarts saisissants entre territoires — et des filières qui continuent de lâcher prise.

Sur ces 475 procédures, 315 sont des liquidations judiciaires, soit les deux tiers du total. Les redressements judiciaires comptent pour 149 dossiers, les sauvegardes pour 11 seulement. Cette structure — très majoritairement liquidative — traduit des situations de trésorerie arrivées à un point de non-retour, sans marge de manœuvre pour une restructuration.

La Gironde écrase la carte régionale

Département Procédures ouvertes (30 j) Part régionale
Gironde (33)18839,6 %
Vienne (86)5912,4 %
Charente-Maritime (17)398,2 %
Haute-Vienne (87)388,0 %
Pyrénées-Atlantiques (64)336,9 %
Lot-et-Garonne (47)275,7 %
Charente (16)255,3 %
Dordogne (24)204,2 %
Landes (40)194,0 %
Creuse (23)132,7 %
Deux-Sèvres (79)102,1 %
Corrèze (19)40,8 %

La Gironde concentre à elle seule 188 ouvertures, soit près de 40 % du volume régional. Un poids colossal, mais pas entièrement surprenant pour le département le plus peuplé de Nouvelle-Aquitaine, qui abrite également la plus grande densité d'entreprises. Ce qui interpelle davantage, c'est l'écart avec le deuxième département du classement : la Vienne, avec 59 procédures, pèse trois fois moins. Entre la Gironde et la Corrèze — 4 ouvertures seulement — le rapport est de 1 à 47. La taille du tissu économique explique une partie de cet écart, mais pas sa totalité.

La situation des Girondins de Bordeaux illustre, à sa manière extrême, la fragilité du département. Selon Rue89 Bordeaux et Ouest-France, le club de football professionnel fait face à une procédure dont l'issue liquidative est devenue probable après l'avis rendu par le conciliateur du CNOSF. Le tribunal de commerce pourrait être contraint de prononcer la liquidation judiciaire, selon La Nouvelle République. L'association présidée par Jean-Louis Triaud devrait alors prendre le relais pour préserver une forme d'activité sportive, rapporte Ouest-France. Ce cas — médiatique, atypique — ne représente qu'une procédure parmi les 188 girondines, mais il cristallise une réalité plus large : même des structures bénéficiant de notoriété et de soutiens institutionnels ne sont pas à l'abri d'une cessation d'activité.

Les secteurs qui décrochent

La restauration traditionnelle figure parmi les branches les plus exposées avec 10 ouvertures sur la période, selon les données BODACC. Ce chiffre, rapporté à la taille de la filière, signale une pression persistante sur un segment déjà fragilisé. La plateforme Actify recense d'ailleurs un fonds de commerce de restauration en liquidation judiciaire à reprendre à Virsac, en date du 17 août 2026 — un exemple concret de ce que produisent ces procédures : des actifs mis sur le marché, des emplois suspendus, des sous-traitants en attente.

La maçonnerie générale et le gros œuvre de bâtiment enregistrent également 8 ouvertures, à égalité avec les activités de sièges sociaux. Pour le BTP, ce niveau traduit une pression sur les carnets de commandes : lorsqu'un maître d'ouvrage diffère un chantier ou qu'un donneur d'ordre réduit ses volumes, l'entreprise de maçonnerie — souvent une TPE sans réserves — bascule rapidement vers le défaut de trésorerie. La procédure collective devient alors l'issue quasi mécanique d'une chaîne de retards de paiement.

La boulangerie-pâtisserie compte 5 ouvertures, et la menuiserie bois et PVC 4. Ces deux filières partagent un profil similaire : des établissements artisanaux, souvent mono-établissement, dont les charges fixes — loyer, énergie, masse salariale — ne peuvent être comprimées rapidement face à un retournement de la demande ou à une hausse des coûts d'approvisionnement. Quand la trésorerie se tend, la sauvegarde (11 dossiers régionaux seulement) reste une option rare ; la liquidation s'impose.

Le cas du Lot-et-Garonne apporte un éclairage humain sur ces statistiques. Selon Actu.fr, le tribunal de commerce d'Agen a prononcé la liquidation judiciaire d'une entreprise le 22 juillet 2026, un mois et demi après la mort accidentelle de son dirigeant, Alexandre. La disparition brutale du chef d'entreprise a précipité une procédure que la structure n'a pas pu éviter sans son pilote. Ce mécanisme — la dépendance d'une TPE à son dirigeant unique — transforme un drame personnel en cessation d'activité économique, avec des conséquences directes pour les salariés et les créanciers locaux.

Les zones qui résistent

À l'autre extrémité du spectre, la Corrèze et les Deux-Sèvres affichent les volumes les plus faibles de la région : respectivement 4 et 10 ouvertures. Ces deux départements ruraux, au tissu d'entreprises moins dense, produisent mécaniquement moins de procédures en valeur absolue. Mais le ratio par rapport à la population active ou au nombre d'établissements n'est pas calculable à partir des données disponibles — il faut donc rester prudent sur toute lecture de « résilience » structurelle.

Les Landes (19 procédures) et la Dordogne (20) se situent dans une fourchette intermédiaire basse, cohérente avec leur taille économique. La Charente-Maritime, avec 39 ouvertures, reste dans la moyenne haute régionale hors Gironde — un niveau à surveiller pour un département dont l'économie touristique estivale peut masquer des fragilités plus profondes sur le reste de l'année.

Un repli à ne pas surinterprèter

Le recul de 17 % entre les deux périodes — de 569 à 475 ouvertures — mérite d'être contextualisé. Sur trente jours glissants, ce type de variation peut refléter des effets de calendrier (fermetures de tribunaux, délais de traitement des dossiers en période estivale) autant qu'une amélioration réelle de la santé des entreprises. Les données BODACC mesurent les ouvertures prononcées, pas les difficultés en cours : un dossier en conciliation ou en mandat ad hoc n'apparaît pas dans ces chiffres.

La structure même des 475 procédures invite à la prudence : deux tiers sont des liquidations directes, ce qui signifie que ces entreprises n'ont pas eu accès — ou n'ont pas sollicité — les dispositifs préventifs. La sauvegarde, qui permet une restructuration avant la cessation de paiement, ne représente que 11 dossiers sur l'ensemble régional, soit 2,3 % du total. Cet écart entre liquidations et sauvegardes indique que les procédures préventives restent sous-utilisées, quelle qu'en soit la raison.

La plateforme jesuisrepreneur.fr recense par ailleurs 4 489 entreprises en procédure collective à reprendre en Nouvelle-Aquitaine, tous secteurs confondus — un stock qui positionne la région au premier rang national selon cette source. Ce volume d'actifs potentiellement cessibles constitue un signal de l'ampleur cumulée des défaillances au-delà du seul trimestre en cours.

À l'échelle de la région, la prochaine audience du tribunal de commerce de Bordeaux concernant les Girondins de Bordeaux constitue le rendez-vous judiciaire le plus visible du trimestre : selon Rue89 Bordeaux, la résolution anticipée du plan pourrait être demandée au tribunal, ce qui ouvrirait formellement la voie à une procédure de cession — ou à une liquidation si aucun repreneur ne se manifeste.