La Gironde concentre à elle seule 184 ouvertures de procédures collectives sur les trente derniers jours en Nouvelle-Aquitaine, selon les données BODACC officielles — soit plus d'un tiers des 538 procédures recensées sur l'ensemble de la région sur la même période. Derrière ce chiffre, le tissu régional du transport et de la logistique traverse une séquence particulièrement tendue : la plateforme jesuisrepreneur.fr recensait au 24 juin 2026 106 entreprises de transport et logistique en liquidation judiciaire ou redressement judiciaire à reprendre en Nouvelle-Aquitaine, un volume qui place la filière parmi les plus exposées du territoire.
Ce chiffre de 106 procédures actives dans la seule filière transport doit être mis en regard du total régional. Sur trente jours, les données BODACC font état de 354 liquidations judiciaires et 169 redressements judiciaires, auxquels s'ajoutent 15 sauvegardes. Rapportée à l'ensemble des secteurs, la part du transport dans le stock de procédures ouvertes témoigne d'une pression structurelle sur une activité dont la Nouvelle-Aquitaine est, par sa géographie et ses flux agricoles et industriels, particulièrement dépendante.
Un redressement emblématique, un signal régional
Parmi les procédures récentes, celle visant Aubineau Constructeur retient l'attention. Selon Le Journal des Entreprises, la société a été placée en redressement judiciaire — une information relayée dans la rubrique « Industries du transport » et « Actu éco en Nouvelle-Aquitaine » du même média, qui cite également le groupe The Reefer Group dans le même environnement éditorial. Le Journal des Entreprises ne précise pas dans l'extrait disponible le tribunal compétent ni l'effectif exact, mais rattache explicitement l'entreprise à la Nouvelle-Aquitaine et au secteur des industries du transport.
Le redressement judiciaire — procédure qui suppose que l'entreprise n'est pas en cessation d'activité immédiate mais ne peut plus faire face à son passif exigible — ouvre une période d'observation au cours de laquelle un administrateur judiciaire évalue les possibilités de continuation, de cession ou de liquidation. Pour les sous-traitants et donneurs d'ordre d'Aubineau Constructeur, cette phase d'incertitude se traduit concrètement par un gel des paiements et une révision des carnets de commandes.
La Gironde sous pression, les Landes en retrait relatif
La ventilation départementale des données BODACC révèle une géographie des défaillances qui n'est pas uniforme. La Gironde, premier département économique de la région, capte 34 % des ouvertures (184 sur 538), un poids cohérent avec son tissu d'entreprises — mais qui signifie aussi que les procédures de transport et logistique y sont proportionnellement nombreuses, compte tenu de la densité des opérateurs bordelais et des plateformes logistiques autour de Mérignac et Cestas. Un post relayé par Les Nouvelles d'Aquitaine au 9 juin 2026, repris sur Instagram, évoque d'ailleurs une liquidation judiciaire d'une entreprise girondine à Cestas, dans un contexte où des salariés auraient attendu plusieurs mois avant l'ouverture de la procédure — sans que le nom de la société soit précisé dans l'extrait disponible.
À l'opposé, les Landes (40) n'enregistrent que 20 ouvertures sur la période, et la Creuse (23) seulement 5. Ce différentiel s'explique mécaniquement par la taille du tissu économique local, mais il illustre aussi la concentration des risques dans les zones à forte densité logistique. La Charente-Maritime (67 ouvertures) et les Pyrénées-Atlantiques (59) occupent les deuxième et troisième rangs départementaux.
| Département | Ouvertures de procédures (30 j) |
|---|---|
| Gironde (33) | 184 |
| Charente-Maritime (17) | 67 |
| Pyrénées-Atlantiques (64) | 59 |
| Haute-Vienne (87) | 51 |
| Dordogne (24) | 42 |
| Charente (16) | 35 |
| Vienne (86) | 32 |
| Landes (40) | 20 |
| Corrèze (19) | 16 |
| Lot-et-Garonne (47) | 15 |
| Deux-Sèvres (79) | 12 |
| Creuse (23) | 5 |
Un repli global qui ne dissipe pas la tension sur le transport
Le chiffre total de 538 ouvertures sur trente jours marque un recul de 13 % par rapport à la période précédente (617 ouvertures), selon les données BODACC internes. Ce repli pourrait laisser croire à une accalmie. Mais le stock de 106 procédures actives dans le seul transport et logistique, tel que recensé par jesuisrepreneur.fr au 24 juin 2026, indique que les défaillances passées continuent de peser sur la filière — les liquidations judiciaires en cours ne disparaissent pas du registre au rythme où de nouvelles procédures s'ouvrent.
La plateforme Altares, dans son analyse des défaillances du premier trimestre 2026 publiée le 25 juin, identifiait la Nouvelle-Aquitaine parmi les régions en forte évolution des emplois rattachés aux entreprises placées en redressement judiciaire — aux côtés de Bourgogne-Franche-Comté et Centre-Val de Loire. Ce signal sur l'emploi est particulièrement pertinent pour le transport, filière à forte intensité en main-d'œuvre : chaque procédure collective dans ce secteur expose des conducteurs, des agents logistiques et des personnels d'exploitation à une rupture de contrat, souvent sans visibilité immédiate sur un repreneur.
Le mécanisme : de la pression sur la trésorerie à la cessation de paiement
Dans le transport routier, le délai entre la prestation et le paiement, combiné aux charges fixes que représentent le carburant, l'entretien du parc et les salaires, crée une exposition particulière aux tensions de trésorerie. Lorsqu'un client majeur retarde ses règlements ou qu'un contrat n'est pas renouvelé, le déséquilibre peut s'installer rapidement. Le redressement judiciaire d'Aubineau Constructeur, tel que rapporté par Le Journal des Entreprises, s'inscrit dans ce schéma : une entreprise active, pas encore en cessation définitive, mais dont le passif a dépassé la capacité de remboursement à court terme.
Pour les repreneurs potentiels, jesuisrepreneur.fr signale d'ailleurs un point de vigilance spécifique à la filière : la licence de transport, dont la validité doit être vérifiée lors de toute reprise d'un opérateur en liquidation judiciaire. Ce détail technique conditionne la continuité d'exploitation et peut freiner des candidatures de reprise, allongeant d'autant la période d'incertitude pour les salariés concernés.
La prochaine étape pour Aubineau Constructeur sera fixée par le calendrier judiciaire de la période d'observation — dont la durée et les échéances dépendent du tribunal saisi. Les 538 ouvertures de procédures enregistrées en Nouvelle-Aquitaine sur trente jours, dont 354 liquidations, constituent le cadre dans lequel cette défaillance s'inscrit : non comme un cas isolé, mais comme l'un des maillons d'une séquence qui touche l'ensemble du tissu régional, avec une concentration marquée en Gironde.