C'est une double secousse industrielle qui frappe la Nouvelle-Aquitaine en ce mois de juillet 2026. D'un côté, Fibre Excellence, présenté par La Tribune comme « le principal fabricant français de pâte à papier marchande », en redressement judiciaire depuis avril, voit une offre de reprise — celle de Matthieu Pigasse — refusée par le tribunal de commerce de Toulouse, tandis qu'une nouvelle piste émerge pour son site. De l'autre, une scierie industrielle implantée sur le Grand port maritime de La Rochelle a été placée en redressement judiciaire au début du mois de juillet, selon un post Facebook relayé le 21 juillet : les juges devaient acter sa liquidation judiciaire dès le 23 juillet 2026. Deux filières, deux territoires, un même signal d'alarme pour l'industrie régionale.
Repères
Fibre Excellence — En redressement judiciaire depuis avril 2026. Tribunal de commerce de Toulouse (audience de reprise en cours en juillet 2026). Activité : fabrication de pâte à papier marchande. Qualifié par La Tribune de « principal fabricant français » dans cette catégorie. Offre de Matthieu Pigasse refusée ; nouvelle piste de reprise en cours d'examen selon la même source, publiée il y a huit jours. Le site est localisé en Nouvelle-Aquitaine, d'après un post Instagram daté du 22 juillet 2026.
Scierie de La Rochelle — Implantée sur le Grand port maritime à La Rochelle (Charente-Maritime, 17). Placée en redressement judiciaire début juillet 2026. Liquidation judiciaire attendue le 23 juillet 2026 selon la source Facebook du 21 juillet. Activité : scierie industrielle.
Ces deux cas ne sont pas des épiphénomènes. Sur les trente derniers jours, la Nouvelle-Aquitaine a enregistré 571 ouvertures de procédures collectives, dont 374 liquidations judiciaires et 176 redressements judiciaires — les 21 restantes relevant de sauvegardes. Ce volume marque une progression de 6 % par rapport à la période précédente (537 ouvertures), selon les données BODACC officielles. Autrement dit, la dynamique s'accélère, et l'industrie n'y échappe pas.
Deux filières industrielles en bout de course
Le dossier Fibre Excellence concentre l'attention. En redressement judiciaire depuis avril, l'entreprise a vu l'offre de reprise portée par Matthieu Pigasse écartée par le tribunal de commerce de Toulouse, rapporte La Tribune. Une nouvelle piste de reprise émerge, précise le même média, sans que son contenu soit encore connu. La situation reste donc suspendue : ni plan arrêté, ni liquidation prononcée à ce stade. Pour un site qualifié de premier fabricant français dans sa catégorie, chaque semaine d'incertitude pèse sur les équipes, les fournisseurs et les donneurs d'ordre.
À La Rochelle, le scénario est plus tranché. La scierie du Grand port maritime, placée en redressement début juillet, n'a manifestement pas trouvé de repreneur dans les délais impartis : la liquidation judiciaire était attendue dès le 23 juillet, soit moins de trois semaines après l'ouverture de la procédure. Cette rapidité — redressement ouvert puis liquidation prononcée en quelques jours — trahit l'absence de solution alternative crédible. Pour un port industriel comme celui de La Rochelle, la fermeture d'un opérateur de première transformation du bois représente une perte d'activité directe sur un site déjà soumis à la concurrence des grands flux logistiques.
Ces deux dossiers se répondent sans se ressembler. Fibre Excellence est une procédure nationale dont le site néo-aquitain est l'enjeu central ; la scierie rochelaise est une défaillance locale, plus discrète, mais dont la rapidité de résolution vers la liquidation dit quelque chose de la fragilité des acteurs industriels de taille intermédiaire dans la région.
La Gironde au cœur de la carte des défaillances
| Département | Ouvertures (30 j) | Part régionale |
|---|---|---|
| Gironde (33) | 208 | 36 % |
| Charente-Maritime (17) | 57 | 10 % |
| Pyrénées-Atlantiques (64) | 53 | 9 % |
| Haute-Vienne (87) | 45 | 8 % |
| Vienne (86) | 39 | 7 % |
| Lot-et-Garonne (47) | 34 | 6 % |
| Deux-Sèvres (79) | 32 | 6 % |
| Charente (16) | 28 | 5 % |
| Landes (40) | 25 | 4 % |
| Dordogne (24) | 24 | 4 % |
| Corrèze (19) | 15 | 3 % |
| Creuse (23) | 11 | 2 % |
La Gironde concentre à elle seule 208 ouvertures sur 571, soit 36 % du total régional — un poids qui reflète le poids démographique et économique de la métropole bordelaise, mais aussi sa densité d'établissements exposés. La Charente-Maritime, département de la scierie rochelaise, pointe à 57 ouvertures, deuxième position régionale. Ce niveau place le département dans une zone de vigilance, d'autant que les procédures industrielles y ont une résonance portuaire et logistique particulière.
À l'autre bout du spectre, la Creuse (11 ouvertures) et la Corrèze (15) restent les territoires les moins exposés en volume absolu — ce qui tient d'abord à leur tissu économique plus réduit qu'à une résistance structurelle particulière.
Un tissu industriel régional à l'épreuve
La Nouvelle-Aquitaine n'est pas seulement frappée par des défaillances dans la restauration ou le commerce de détail — secteurs qui dominent les statistiques nationales de procédures collectives. Les cas Fibre Excellence et de la scierie de La Rochelle pointent vers une fragilité industrielle plus spécifique : des entreprises de première transformation (bois, papier) dont les modèles économiques sont sous pression, et dont les reprises s'avèrent difficiles à organiser dans les délais judiciaires.
Le BODACC enregistre par ailleurs une annonce de clôture de liquidation pour GELIF en Gironde, datée du 29 juillet 2026, selon annonces-legales.fr — signe que des procédures antérieures arrivent également à leur terme, ajoutant à la densité des actes judiciaires du mois. Sur trente jours, ce sont au total 1 828 annonces BODACC toutes natures confondues qui ont été publiées pour la région, un volume qui inclut clôtures, actes de procédure et nouvelles ouvertures.
La tension ne se limite pas au secteur industriel au sens strict. France 3 Nouvelle-Aquitaine rapportait le 21 juillet que Legrand, seule entreprise du CAC 40 implantée dans la région, avait annoncé début juin une réorganisation incluant la fermeture de sites. Si Legrand n'est pas en procédure collective, la conjonction d'une réorganisation d'un grand groupe coté et de défaillances dans les filières de transformation illustre une même réalité : le tissu industriel néo-aquitain traverse une phase de recomposition simultanée à plusieurs niveaux de la chaîne de valeur.
Pour les sous-traitants et prestataires gravitant autour de la scierie rochelaise ou du site de Fibre Excellence, l'issue des prochaines audiences déterminera directement le maintien ou non de flux de commandes. Le greffe du Tribunal de Commerce de La Rochelle a par ailleurs publié une annonce BODACC récente concernant l'entreprise DENIEL, selon les données officielles — sans que les détails de la procédure soient précisés dans les extraits disponibles.
Pour Fibre Excellence, la prochaine étape identifiable est l'examen de la nouvelle offre de reprise évoquée par La Tribune, dont l'issue devra être tranchée par le tribunal de commerce de Toulouse. C'est à cette audience que se jouera le sort d'un site industriel que ses propres sources qualifient de premier du genre en France.