Statistiques

Nouvelle-Aquitaine T3 2026 : 538 procédures en 30 jours, la Gironde domine

Avec 538 ouvertures de procédures collectives sur 30 jours, la Nouvelle-Aquitaine marque un recul de 13 % par rapport à la période précédente, mais la restauration et le commerce restent sous pression.

Cinq cent trente-huit. C'est le nombre de procédures collectives ouvertes en Nouvelle-Aquitaine sur les trente derniers jours recensés dans les données BODACC, dont 354 liquidations judiciaires, 169 redressements judiciaires et 15 sauvegardes. Ce volume marque un recul de 13 % par rapport aux trente jours précédents, qui avaient enregistré 617 ouvertures — soit 79 de moins. Le repli est réel, mais il ne signe pas une accalmie uniforme : derrière la moyenne régionale, les écarts entre départements et entre filières restent saisissants.

La carte des défaillances : douze départements, des réalités très inégales

La Gironde concentre à elle seule 184 ouvertures sur la période, soit 34 % du total régional. Ce poids n'est pas une surprise pour le premier département de la région par la taille de son tissu économique, mais il signifie concrètement qu'une procédure sur trois en Nouvelle-Aquitaine est girondine. Derrière, la Charente-Maritime affiche 67 ouvertures, les Pyrénées-Atlantiques 59, la Haute-Vienne 51 et la Dordogne 42. Ces cinq départements totalisent 403 procédures — soit 75 % du volume régional. À l'autre extrémité, la Creuse ne recense que 5 ouvertures, les Deux-Sèvres 12, le Lot-et-Garonne 15.

Département Ouvertures (30 j) Part régionale
Gironde (33)18434 %
Charente-Maritime (17)6712 %
Pyrénées-Atlantiques (64)5911 %
Haute-Vienne (87)519 %
Dordogne (24)428 %
Charente (16)357 %
Vienne (86)326 %
Landes (40)204 %
Corrèze (19)163 %
Lot-et-Garonne (47)153 %
Deux-Sèvres (79)122 %
Creuse (23)51 %

Le ratio liquidations / redressements mérite attention. Sur 538 ouvertures, 354 sont des liquidations judiciaires — soit 66 % du total. Ce niveau élevé, couplé à un taux de sauvegardes de seulement 3 % (15 dossiers), traduit une proportion importante de situations où la cessation d'activité est prononcée sans phase de restructuration préalable. La sauvegarde, procédure préventive réservée aux entreprises non encore en état de cessation des paiements, reste marginale dans ce baromètre régional. Selon les données BODACC, le stock total d'annonces toutes natures confondues — clôtures, actes de procédure, jugements — atteint 1 582 sur trente jours, un volume qui illustre l'activité judiciaire dense des tribunaux de commerce de la région.

Les secteurs qui décrochent

La restauration rapide arrive en tête des activités les plus touchées avec 23 ouvertures sur la période, devant la restauration traditionnelle (15 dossiers) et les débits de boissons (6). Cumulées, ces trois branches représentent 44 procédures — soit 8 % du total régional concentré sur un seul univers : la consommation hors domicile. Ce signal est cohérent avec ce que relève la plateforme jesuisrepreneur.fr, qui recense sur les 837 procédures collectives en commerce en Nouvelle-Aquitaine que 77 % sont des liquidations judiciaires — une proportion nettement supérieure à la moyenne toutes activités confondues observée dans les données BODACC (66 %). Autrement dit, quand un commerce dépose le bilan, la liquidation directe est la règle, pas l'exception.

Le bâtiment figure également parmi les filières sous tension : les travaux de maçonnerie générale et gros œuvre enregistrent 6 ouvertures, au même niveau que les activités des sociétés holding. Ce dernier chiffre mérite une lecture prudente : les holdings peuvent regrouper des structures très diverses, et leur présence dans le classement sectoriel peut refléter des restructurations de groupes autant que des défaillances opérationnelles.

Le transport et la logistique constituent un autre point de vigilance documenté. La plateforme jesuisrepreneur.fr recense 106 procédures collectives dans ce secteur en Nouvelle-Aquitaine, publiées au BODACC par les tribunaux de la région. Ce stock cumulé positionne la filière parmi les plus exposées de la région, aux côtés du commerce.

Un cas singulier illustre la fragilité qui peut toucher des entreprises à forte visibilité. Le 23 juin 2026, le tribunal de commerce de La Rochelle a prononcé la liquidation judiciaire de VoltAero, avionneur spécialisé dans l'aviation légère décarbonée, fondé en 2017 et installé en Charente-Maritime. Rapporte Le Parisien : une partie des actifs a été cédée dans le cadre de la procédure. Selon actu.fr, le tribunal a prononcé la liquidation le 24 juin 2026 — la légère différence de date entre les deux sources tient probablement au délai entre le jugement et sa publication. Cette cessation d'activité illustre la vulnérabilité des start-up industrielles à horizon long, même lorsqu'elles évoluent sur des marchés porteurs : VoltAero n'est pas une TPE de restauration, mais une société technologique qui n'a pas franchi le seuil de viabilité commerciale.

Les zones qui résistent

Deux départements se distinguent par leur faible volume de défaillances rapporté à leur poids économique supposé. Les Landes (20 ouvertures) et la Corrèze (16) affichent des niveaux contenus. La Creuse, avec seulement 5 procédures sur trente jours, présente le volume le plus bas de la région — mais ce chiffre doit être mis en regard de la densité économique du département, l'un des moins peuplés de France métropolitaine, ce qui rend la comparaison brute peu significative.

Les Pyrénées-Atlantiques (59 ouvertures) méritent une lecture nuancée. Troisième département régional en volume, elles restent en deçà de la Charente-Maritime malgré un tissu économique comparable en taille. Le groupe automobile ancré en Nouvelle-Aquitaine mentionné par la source auto.zepros.fr, qui mise sur la proximité de service, illustre un modèle de résistance fondé sur l'ancrage territorial — sans que les données disponibles permettent de quantifier son impact sur les chiffres départementaux.

Ce que révèle la structure régionale

Le recul de 13 % du nombre d'ouvertures par rapport à la période précédente (de 617 à 538) est le fait le plus structurant de ce baromètre. Il ne signifie pas que les difficultés s'estompent : il peut aussi traduire un effet de base, les dossiers les plus urgents ayant déjà été traités lors de la vague précédente. La proportion de liquidations directes — deux tiers des procédures — reste élevée et suggère que beaucoup d'entreprises arrivent devant le tribunal sans avoir eu recours aux dispositifs préventifs (mandat ad hoc, conciliation, sauvegarde).

La restauration cumule à elle seule trois entrées dans le top 6 sectoriel (rapide, traditionnelle, débits de boissons), ce qui en fait de loin la filière la plus représentée dans les nouvelles procédures. La plateforme actify.fr recense d'ailleurs des fonds de commerce de restauration traditionnelle en liquidation ouverts à la reprise jusqu'au 3 octobre 2026 en Nouvelle-Aquitaine — signe que le flux d'actifs à céder reste actif sur le marché de la reprise.

Sur le front du commerce au sens large, jesuisrepreneur.fr documente 837 procédures collectives cumulées dans cette branche en Nouvelle-Aquitaine, dont la grande majorité débouche sur une liquidation. Ce stock, rapporté aux 538 ouvertures toutes activités enregistrées sur les seuls trente derniers jours, donne la mesure d'un flux continu qui alimente les tribunaux de commerce de la région depuis plusieurs mois.

La prochaine audience de référence identifiable dans les sources est fixée au 3 octobre 2026, date limite de reprise pour plusieurs fonds de restauration recensés par actify.fr — un marqueur concret du calendrier judiciaire régional pour les semaines à venir.